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Abdou Mbow, député, a interpellé le Premier ministre Ousmane Sonko à l’Assemblée nationale du Sénégal au sujet de la criminalisation de l’homosexualité. Il a rappelé un engagement pris par Ousmane Sonko en décembre 2022 et a souligné que le gouvernement a adopté un projet de loi le 18 février modifiant le délit sans prononcer la criminalisation promise. Mbow a demandé que les députés proposent un amendement pour rendre le texte plus sévère.
Après ces faits exposés, le ton a rapidement pris des allures de comédie politique, avec un député qui réclame de la fermeté morale pendant que son propre parcours offre une partition dissonante. La chambre a entendu une mise en demeure presque théâtrale, et le public a pu mesurer la distance entre la promesse électorale et le texte soumis au vote.
Abdou Mbow a été membre d’un précédent régime politique et, selon les archives publiques de son mandat antérieur, il n’avait pas porté de projet de loi visant à criminaliser l’homosexualité pendant cette période, ce qui alimente les interrogations sur la cohérence de sa démarche actuelle.
Le point de départ reste simple et vérifiable: en décembre 2022, Ousmane Sonko a fait une promesse publique sur ce sujet; le 18 février, le gouvernement a transmis un projet de loi qualifié par certains acteurs de « réaménagement du délit » plutôt que de criminalisation. Cette suite factuelle pose un problème politique concret: un député demande aujourd’hui d’amender un texte gouvernemental pour atteindre un objectif qui n’a pas été inscrit par le gouvernement lui-même. La demande de Mbow met en lumière au moins trois éléments observables.
D’abord, il y a la discordance temporelle entre la parole de campagne et l’action législative concrète, qui est mesurable par les dates et par le contenu comparé des déclarations et du texte adopté. Ensuite, il y a la posture personnelle: un élu qui appartenait à l’ancien pouvoir n’a pas porté, dans ses fonctions précédentes, la même détermination législative, selon les dossiers disponibles, et revient aujourd’hui exiger des positions plus dures. Enfin, la méthode politique est visible: Mbow demande explicitement aux députés du Premier ministre d’introduire un amendement, soit une pression interne pour corriger une loi issue du gouvernement.
Plusieurs constats factuels soutiennent l’idée d’une incohérence morale dans le portrait du député. Le premier constat tient au contraste entre l’absence d’initiative identique sous sa précédente mandature et l’activisme d’aujourd’hui. Le second constat ressort du contenu du projet de loi du 18 février, qui, d’après les descriptions parlementaires, n’aligne pas le texte sur la promesse de criminalisation faite en 2022. Le troisième constat concerne la stratégie: demander à des collègues de légiférer à sa place révèle une préférence pour la condamnation symbolique plutôt que pour l’action continue et assumée.
Le portrait qui se dégage est celui d’un acteur politique qui critique sans avoir porté antérieurement les mesures qu’il réclame aujourd’hui, et qui utilise l’Assemblée comme scène pour exiger une fermeté législative qu’il n’a pas cherchée auparavant. Cette posture rappelle, pour faire une comparaison, un observateur qui s’énerve contre une décision après l’avoir acceptée pendant des années, et, pour une autre comparaison, un capitaine qui demande à d’autres marins de hisser la voile qu’il n’a jamais voulue hisser lui-même.
Les dates et les interventions publiques citées ici sont vérifiables dans les comptes rendus parlementaires et dans les déclarations de campagne de décembre 2022. Le projet de loi adopté le 18 février est documenté dans le journal des séances, où son libellé est présenté comme un réaménagement du délit plutôt que comme une criminalisation explicite.
Les faits posent une image nette: un député réclame aujourd’hui la criminalisation d’un acte alors que son passé parlementaire ne montre pas d’effort similaire, et le projet gouvernemental de février ne reprend pas la promesse de 2022. Cette accumulation de dates, de textes et de prises de parole dessine un profil politique marqué par une dissonance entre la rhétorique et l’action concrète, et laisse la question de la responsabilité législative sur la table, avec un sourire amer et une pointe d’inconfort pour l’observateur.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sokhna Mariama B.
Mis en ligne : 26/02/2026
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