Dette colossale, justice lente : Le grand test du régime Sonko - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 27/02/2026 03:02:00

Dette colossale, justice lente : Le grand test du régime Sonko

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Le Premier ministre Ousmane Sonko a pris la parole récemment devant les parlementaires à Dakar pour faire le point sur la situation économique et la reddition des comptes, en dénonçant la gestion de 7 600 milliards de francs CFA contractés sous l’ancien régime de Macky Sall et en citant le projet Yakaar Teranga comme prioritaire. Il a demandé des sacrifices aux populations et exprimé son attente d’une justice efficace pour que les responsables rendent compte.

Le ton de son intervention a été dur, axé sur la responsabilité et sur la nécessité de mesurer l’impact des grands projets publics, du grand transfert d’eau au train en passant par le réseau gazier et l’extension de l’AIBD.

Les révélations et les chiffres évoqués s’inscrivent dans un contexte de contestation croissante autour des dépenses publiques et de demandes syndicales, alors que plusieurs dossiers de contrôle restent sans suite judiciaire depuis plusieurs années.

La première observation factuelle est la lourde somme de 7 600 milliards de francs CFA mise en avant par le chef du gouvernement comme endettement contracté « sur le dos des Sénégalais ». Cette déclaration met en lumière un paradoxe: pendant que l’État multiplie les grands projets structurants, la traçabilité des fonds et la translation des audits en poursuites judiciaires semblent bloquées. Les corps de contrôle ont produit des rapports, mais la chaîne judiciaire n’a pas toujours abouti à des condamnations publiques ou à des restitutions, ce qui alimente un sentiment d’impunité.

Le deuxième point concerne la lenteur des procédures. Plusieurs enquêtes administratives et financières traînent depuis des années sans calendrier clair pour des instructions ou des jugements. La remise en liberté de certaines personnes impliquées a été dénoncée par des acteurs politiques, et le Premier ministre lui-même a reconnu que « tout est fait pour libérer ceux qui sont impliqués », phrase qui renforce l’inquiétude sur l’indépendance réelle des poursuites.

La troisième constante est l’impact social. Les appels aux sacrifices distribués aux ménages coexistent avec des revendications salariales et des demandes nouvelles de la part de syndicats, tandis que le gouvernement promet des tarifs énergétiques attractifs via Yakaar Teranga. La promesse d’une énergie à 60 francs CFA le kilowattheure se heurte à la question suivante: comment garantir cette baisse sans transparence préalable sur l’utilisation des financements engagés pour ces infrastructures?

Les faits montrent trois faiblesses susceptibles de favoriser l’impunité: l’absence de rythme judiciaire, l’opacité des marchés publics et la pression politique sur les institutions chargées de l’instruction. Des exemples comparables existent en région, où des enquêtes financières ont stagné pendant des années avant d’aboutir à des décisions de justice partielles. La comparaison illustre un risque réel: la justice peut apparaître instrumentée ou en panne, alimentant le cynisme citoyen et la défiance à l’égard des réformes.

L’exigence d’une poursuite effective des responsables ne relève pas de l’idéologie mais de mécanismes vérifiables: des enquêtes rapides, des décisions de mise en examen motivées, des procédures publiques et des sanctions proportionnées. Sans ces éléments, les efforts demandés aux populations pour supporter l’endettement public risquent de paraître injustes.

S’alarmer de l’impunité impose de pointer la lenteur judiciaire et d’exiger des actes concrets pour que les responsables soient poursuivis plutôt que protégés par des manœuvres politiques. Le dossier des 7 600 milliards exige une chronologie publique des investigations, des accès aux pièces des marchés, et la traduction devant les tribunaux des auteurs présumés des irrégularités. Quand la justice traîne, la politique gagne du temps; les citoyens perdent des ressources.

Des données disponibles montrent que le délai moyen d’instruction pour les affaires financières est souvent mesuré en années, et que les faillites d’immeubles et les retards de paiement pèsent sur la confiance des investisseurs. Une action judiciaire visible améliorerait la perception du respect de l’État de droit et renforcerait la crédibilité des projets annoncés.

Les faits exposés par le Premier ministre posent une question simple et pressante: qui répondra de l’utilisation des 7 600 milliards et comment rendre la justice audible pour les Sénégalais qui paient déjà la dette? La lenteur des procédures et les signes de protection de certains acteurs creusent un fossé entre les promesses politiques et la réalité judiciaire. Sans procédures rapides, transparentes et publiques, la lutte contre l’impunité restera une déclaration sans lendemain, et les sacrifices demandés aux citoyens risquent de rester des mots.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Mounass B.
Mis en ligne : 27/02/2026

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