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Le 24 février, à Dakar, Wally Diouf Bodian, directeur général du Port autonome de Dakar et membre de Pastef, a réagi sur Facebook à une prise de parole d’Anta Babacar Ngom devant l’Assemblée nationale. Il a écrit: « Anta Babacar Ngom veut qu’on fasse des inaugurations, car pour elle c’est cela qui est concret. On va construire un poulailler géant capable d’accueillir des millions de poussins pour lui faire plaisir. » La sortie intervient lors d’une séance consacrée aux questions d’actualité au gouvernement.
J’assume d’emblée mon désaccord: je trouve indigne et dangereux que l’on tourne un débat public en raillerie. Se moquer n’est pas une réponse aux attentes de citoyens qui demandent des résultats tangibles et de la responsabilité. Cette phrase clownesque révèle une volonté d’esquive plutôt qu’un effort d’explication.
La scène s’inscrit dans un climat politique tendu où les oppositions réclament des preuves matérielles de l’action gouvernementale, et où chaque mot prononcé par les responsables publics est scruté par l’opinion et par les médias.
Transformer une critique politique en plaisanterie publique n’est pas un simple écart de langage, c’est une stratégie. En choisissant l’ironie facile, M. Bodian évite de répondre aux questions concrètes sur les indicateurs de performance du gouvernement, sur la gestion des infrastructures portuaires dont il est responsable, et sur la feuille de route promise aux électeurs. Je vois trois dégâts immédiats: perte de clarté, détournement du débat, et affaiblissement de la responsabilité publique.
Premièrement, la perte de clarté. Les citoyens ont le droit à des bilans chiffrés et à des explications sur les retards, les dépassements de coûts et les impacts sociaux des projets. Remplacer un bilan par une pirouette verbale revient à livrer du spectacle à la place de la transparence. C’est comme confondre un rapport d’activité avec un sketch: l’un informe, l’autre distrait.
Deuxièmement, le détournement du débat. L’ironie polarise et fait oublier le fond. Quand une autorité publique caricature une demande démocratique, elle force la conversation vers l’anecdote et détourne les regards des vrais dossiers: emploi, infrastructures, contrats publics, qualité des services. J’observe que cette technique fonctionne souvent comme un écran de fumée pour masquer des questions embarrassantes.
Troisièmement, l’affaiblissement de la responsabilité. Une démocratie saine exige que les responsables rendent des comptes de façon mesurée et sérieuse. Traiter la critique par la moquerie installe une culture où l’absence de résultats devient acceptable parce qu’on sait la déguiser en trait d’esprit. C’est une pente dangereuse qui rapproche la politique d’un théâtre de diversion.
Je refuse l’idée que l’humour soit interdit en politique; je soutiens en revanche que l’humour doit servir à éclairer, pas à masquer. Un dirigeant peut se défendre avec des chiffres, des projections, des exemples concrets de réalisations. Par exemple, il aurait été plus utile que M. Bodian publie des données sur le trafic portuaire, sur les emplois créés au Port autonome de Dakar, ou sur les étapes du redressement annoncé. Ces éléments auraient neutralisé la critique de manière argumentative et renforcé la crédibilité.
La moquerie en politique renvoie aussi une image: celle d’un pouvoir qui se protège par la dérision. C’est la même logique que lorsque l’on préfère un écran de fumée à une mise au point sérieuse, ou que l’on choisit le divertissement plutôt que la pédagogie. Si l’on compare cette attitude à celle d’autres responsables publics, on voit la différence entre le leader qui explique et celui qui esquive.
Les citoyens réclament des preuves tangibles: statistiques sur la fréquentation portuaire, bilans financiers, contrats publics accessibles, calendriers d’achèvement des projets. Des comparaisons internationales simples auraient pu illustrer un progrès ou un retard mesurable et offrir une base de discussion neutre. Sans ces éléments, la parole publique perd sa force utile et se transforme en capture de l’attention.
Je tourne la page sur la plaisanterie pour rappeler l’exigence républicaine: les responsables publics doivent fournir des réponses précises et mesurables, pas des images comiques. J’exige de la part d’un directeur général, surtout lorsqu’il est également acteur politique, qu’il joue la carte de la responsabilité et qu’il respecte la curiosité des citoyens. La moquerie peut amuser un instant, mais elle n’édifie pas, elle n’explique pas et elle n’autorise pas l’impunité. Je préfère la vérité rude et chiffrée au sourire qui sert d’écran.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Modou Fall.
Mis en ligne : 27/02/2026
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