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A l’Assemblée nationale du Sénégal, une séance de questions d’actualité a dégénéré en échanges virulents impliquant des députés et des accusations dirigées contre des acteurs du secteur privé, notamment Babacar Ngom, père de la députée Anta Babacar Ngom. Le politologue Modou Gaye a dénoncé ces attaques et a justifié le boycott des séances par l’homme d’affaires Abdoulaye Sylla, absent malgré les convocations. L’hémicycle a été marqué par des chants de soutien à Ousmane Sonko et des invectives publiques.
Cette scène a transformé un lieu de contrôle en tribune polémique, au moment où l’économie nationale subit des retards de paiement de la dette intérieure et un ralentissement des chantiers.
La session parlementaire visait à interroger le gouvernement sur la situation économique et les paiements publics; les débats ont plutôt pris la forme d’attaques personnelles et de mises en cause de chefs d’entreprise, sans débat contradictoire organisé.
Les faits observés montrent une série de risques institutionnels: l’usage de l’Assemblée comme arène politique affaiblit la capacité de contrôle parlementaire sur l’exécutif, réduit la qualité des questions posées et prive les mis en cause d’un espace de réponse formel. Plusieurs députés ont prononcé des accusations publiques contre des entrepreneurs privés, tandis que la séance n’a pas permis la présentation de documents ou de preuves formelles à l’appui des allégations. Le boycott d’Abdoulaye Sylla s’inscrit dans ce contexte: il relève d’un retrait pragmatique d’un acteur économique qui gère des entreprises à l’étranger et qui, selon des déclarations publiques rapportées, préfère consacrer son temps à la gestion de ses activités et au paiement des salaires.
L’affaiblissement de la fonction de contrôle se manifeste par l’absence de procédures parlementaires strictes lors de ces accusations: la mise en cause publique sans convocation formelle, l’absence de commissions d’enquête clairement mandatées et le recours aux slogans politisés remplacent l’examen factuel des dossiers. Les conséquences sont multiples pour la crédibilité des institutions: les entreprises peuvent être stigmatisées sans droit de réponse, les investisseurs observent un environnement politique instable et la confiance citoyenne dans le Parlement décline lorsque les débats ne traitent pas des préoccupations économiques réelles.
L’Assemblée nationale se transforme en théâtre de règlements de comptes, ce qui compromet son rôle de garant de la transparence budgétaire et de la redevabilité gouvernementale. Les scènes de rue transposées dans l’hémicycle réduisent l’efficacité du contrôle parlementaire et exposent l’institution au discrédit. Comparée à des parlements qui utilisent des commissions techniques pour vérifier les faits, l’Assemblée observée hier privilégie la démonstration spectaculaire. De même, à l’image d’un conseil d’administration qui sanctionnerait ses membres sans enquête, le Parlement risque d’abîmer sa légitimité en substituant l’invective à l’enquête.
Des données publiquement disponibles montrent que les retards de paiement de la dette intérieure pèsent sur la trésorerie des entreprises locales et que le ralentissement des chantiers a réduit l’activité du secteur privé au cours des douze derniers mois. La combinaison d’un Parlement en mode confrontation et d’une économie fragilisée crée un cocktail défavorable à la reprise: perte de confiance, fuite des capitaux et paralysie des décisions publiques nécessaires au redressement.
Les faits d’hier dressent le tableau d’une Assemblée qui perd sa fonction essentielle de contrôle au profit de spectacles politiques. La déclaration du politologue Modou Gaye et le retrait d’Abdoulaye Sylla illustrent les conséquences directes pour les acteurs économiques et pour la crédibilité institutionnelle. Si le Parlement persiste à transformer les débats en règlements de comptes, les citoyens, les entreprises et les partenaires extérieurs verront une institution affaiblie plutôt qu’un organe de garantie démocratique. Les risques pour la légitimité restent concrets et mesurables.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Maimouna N.
Mis en ligne : 01/03/2026
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