Je ne peux rester indifférent face à la manière dont les médias sénégalais couvrent les affaires de viol sur mineures, comme celle, sordide, de Massamba Seck, cet artisan de 51 ans accusé d’avoir violé à répétition sa voisine de 13 ans, provoquant une grossesse.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : L’article qui relate les faits m’a interpellé, non pas par les horreurs qu’il décrit, mais par ce qu’il révèle du rôle ambigu des médias : entre lanceurs d’alerte et complices involontaires d’un système qui banalise ces crimes.
Au Sénégal, les violences sexuelles contre les mineures ne sont malheureusement pas isolées. Les chiffres sont accablants : en 2008, l’ONG GRAVE recensait déjà 423 cas de viols, sans compter les affaires étouffées en famille ou réglées à l’amiable. Pourtant, malgré cette récurrence, la couverture médiatique reste souvent superficielle. Les titres racoleurs, comme « Je suis amoureux d’elle » : Père de 5 enfants, Massamba Seck engrosse sa voisine de 13 ans, transforment des drames humains en faits divers sensationnalistes. Le risque ? Que le public, submergé par l’émotion, oublie l’essentiel : la protection des victimes et la responsabilité collective.
Je constate que les médias sénégalais, sous pression économique et concurrentielle, privilégient souvent le sensationnalisme à l’enquête approfondie. Dans l’affaire Massamba Seck, les détails macabres (la boisson empoisonnée, les menaces de mort) sont mis en avant, mais où sont les suivis judiciaires ? Où sont les analyses sur les failles du système qui permettent à de tels actes de se reproduire ? Les victimes, quant à elles, sont rarement protégées : leur identité est parfois révélée indirectement, et leur parole, quand elle est recueillie, est noyée dans un flot d’informations anxiogènes.
Pire, les médias manquent cruellement de formation spécialisée sur les questions de genre et de protection de l’enfance. Pourtant, des initiatives existent, comme les ateliers organisés par Info Elles ou ONU Femmes pour outiller les journalistes sur ces enjeux. Mais ces efforts restent insuffisants face à l’ampleur du problème. Comment expliquer, sinon, que des cas comme celui de Massamba Seck soient encore traités comme des anecdotes plutôt que comme des crimes graves nécessitant une mobilisation nationale ?
Ailleurs, les médias ont su jouer un rôle clé dans la lutte contre l’impunité. En France, l’affaire Olivier Duhamel a déclenché une vague de prises de conscience grâce à un traitement rigoureux et respectueux des victimes. Au Sénégal, en revanche, les affaires de viol sont trop souvent reléguées aux pages faits divers, sans lien avec les débats sociétaux plus larges (éducation, justice, droits des femmes). Le contraste est frappant : là où certains médias internationaux dénoncent les systèmes, les nôtres se contentent parfois de raconter les faits.
Je le dis sans détour : les médias sénégalais ont une responsabilité. En choisissant le sensationnalisme, ils participent, sans le vouloir, à la banalisation de ces crimes. En négligeant la formation de leurs journalistes, ils laissent persister des stéréotypes qui discréditent les victimes. En omettant de faire le lien avec les causes structurelles (impunité, inégalités de genre), ils ratent une occasion de changer les mentalités.
Je ne remets pas en cause l’importance des médias dans la révélation de ces affaires. Mais je plaide pour un journalisme plus responsable : moins de titres choc, plus de contexte ; moins de détails morbides, plus de suivi judiciaire ; moins de passivité, plus de formation. Les victimes comme D. Guèye méritent mieux que des clics : elles méritent justice et dignité. Et c’est aussi aux médias de le leur offrir.
Et vous, chers lecteurs, que pensez-vous du rôle des médias dans ces affaires ? Devraient-ils aller au-delà du simple constat pour devenir des acteurs du changement ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 20/05/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.




