Alioune Tine, défenseur acharné des droits humains, vient de saluer le retour de Thiat, membre emblématique de Keur Gui, comme un « leader citoyen mobilisé pour la démocratie et les droits humains ».
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Suite de l’article : À travers son dernier titre, « Son de redressemenT », le rappeur incarne à nouveau, selon lui, la voix des « plus faibles et des plus vulnérables ». Si je ne nie pas le courage ni l’engagement de Thiat, je m’insurge contre cette vision réductrice. Derrière l’image du contestataire charismatique se cache une responsabilité trop souvent oubliée : celle de transformer l’indignation en propositions concrètes.
Thiat, avec Keur Gui et le mouvement Y’en a Marre, a marqué l’histoire récente du Sénégal. En 2012, leur mobilisation a contribué à l’éviction d’Abdoulaye Wade, symbolisant l’espoir d’un renouveau démocratique. Leur combat, né dans les quartiers de Kaolack face aux coupures d’électricité, a su cristalliser la colère d’une jeunesse assoiffée de justice. Pourtant, une décennie plus tard, force est de constater que la dénonciation, aussi légitime soit-elle, ne suffit plus. Les slogans percutants, les morceaux engagés et les rassemblements massifs ont leur utilité, mais la démocratie exige davantage : des solutions, une vision, et surtout, une exemplarité à toute épreuve.
Alioune Tine célèbre Thiat comme un « redoutable polémiste, courageux ». Soit. Mais le courage, aussi noble soit-il, ne se mesure pas uniquement à l’aune de la critique. Le vrai leadership se juge à la capacité de passer de la protestation à l’action. Or, Y’en a Marre, après avoir joué un rôle clé dans la chute de Wade, a peiné à proposer un projet de société clair. Pire : certains de ses membres, une fois proches du pouvoir, ont été accusés de renier leurs propres principes, comme si la cohérence n’était qu’un luxe réservé à l’opposition.
Thiat lui-même, en tant que figure médiatique, incarne cette ambiguïté. Son engagement est indéniable, mais où sont les propositions pour le Sénégal de demain ? La démocratie ne se construit pas sur des couplets, aussi percutants soient-ils. Elle se bâtit sur des réformes, des compromis, et une volonté farouche de rester fidèle à ses valeurs, y compris quand les rôles s’inversent.
Premièrement, la légitimité se gagne aussi par l’exemplarité. Thiat et ses pairs ont souvent pointé du doigt les abus des dirigeants. Mais quand des membres de Y’en a Marre ont été impliqués dans des affaires de corruption ou de clientélisme, la critique s’est faite plus discrète. Un leader qui dénonce la mal gouvernance doit être irréprochable, sinon son discours perd toute crédibilité.
Deuxièmement, la démocratie a besoin de constructeurs, pas seulement de démolisseurs. Le Sénégal regorge de défis : chômage des jeunes, inégalités criantes, système éducatif à bout de souffle. Thiat a su mobiliser les foules contre Wade, puis contre Macky Sall. Mais où est le plan pour résoudre ces problèmes ? Les mouvements contestataires, s’ils veulent durer, doivent passer du « non » au « comment ».
Enfin, accepter la critique fait partie du jeu démocratique. Aujourd’hui, Thiat semble intouchable, auréolé de son statut de « héros de la rue ». Pourtant, un vrai démocrate doit savoir écouter ses détracteurs, y compris quand ils viennent de ses propres rangs.
Ailleurs en Afrique, des mouvements similaires ont su évoluer. En Tunisie, la société civile a accompagné la transition post-Ben Ali en proposant des réformes institutionnelles. Au Burkina Faso, le Balai Citoyen a combiné protestation et plaidoyer pour des politiques publiques concrètes. Y’en a Marre, lui, reste trop souvent cantonné dans le registre de la dénonciation pure, comme si le fait de pointer les problèmes dispensait de les résoudre.
Je ne conteste pas le parcours de Thiat. Son engagement pour la démocratie et les droits humains mérite le respect. Mais un leader citoyen ne peut se contenter d’être une caisse de résonance des frustrations populaires. La vraie grandeur, c’est de transformer ces frustrations en leviers de changement.
Alors oui, Thiat est un symbole. Mais les symboles, à force de ne rester que des symboles, finissent par s’effriter. La démocratie sénégalaise a besoin de plus que de slogans : elle a besoin d’hommes et de femmes prêts à endosser la responsabilité du pouvoir… et à en assumer les contraintes. Thiat a le talent, la notoriété et l’énergie. Il lui manque encore une chose : le courage de proposer, et non plus seulement de protester.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 24/05/2026
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