Révélation sur le tabac : Un électrochoc sans effet réel ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 25/05/2026 08:05:00

Révélation sur le tabac : Un électrochoc sans effet réel ?

Récemment, le commissaire Thierno Gueye a révélé un chiffre alarmant : 25 % du tabac consommé au Sénégal proviendrait de la contrebande.

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Suite de l’article : Cette annonce, faite lors d’un atelier sur la fiscalité et la lutte contre le commerce illicite, met en lumière l’ampleur d’un phénomène qui mine les efforts de santé publique. Pourtant, je crains que cette révélation, aussi choquante soit-elle, ne suffise pas à elle seule à faire évoluer les comportements. En effet, la dépendance au tabac est un fléau bien plus complexe qu’une simple question d’information ou de prise de conscience.

Le Sénégal n’est pas le seul pays confronté à ce problème. En Afrique de l’Ouest, la contrebande de tabac est un phénomène endémique, favorisé par la porosité des frontières, la corruption et le manque de moyens des services de contrôle. Selon une étude du GRÈS, près d’un quart du marché sénégalais échappe ainsi à toute régulation, privant l’État de recettes fiscales essentielles et exposant les consommateurs à des produits non contrôlés, souvent plus dangereux que ceux vendus légalement. Pourtant, malgré ces constats accablants, les fumeurs continuent de consommer, indifférents aux risques sanitaires ou aux enjeux économiques.

L’addiction au tabac est une dépendance multidimensionnelle : physique, psychologique et comportementale. Les campagnes de sensibilisation, aussi percutantes soient-elles, se heurtent à une réalité implacable : le tabac crée un besoin profond, difficile à surmonter. Les fumeurs savent que le tabac tue, qu’il appauvrit, qu’il alimente des réseaux criminels, et pourtant, ils continuent. Pourquoi ? Parce que la nicotine agit comme une drogue, et que les habitudes de consommation sont ancrées dans le quotidien. Une étude récente souligne d’ailleurs que les hausses de taxes, loin de décourager la consommation, poussent souvent les fumeurs vers des produits de contrebande, moins chers mais tout aussi nocifs.

Les autorités sénégalaises misent sur des mesures comme l’augmentation des taxes ou la traçabilité des produits. Mais ces dispositifs, bien que nécessaires, restent insuffisants. Ils ne s’attaquent pas à la racine du problème : l’absence d’accompagnement durable pour les fumeurs. Sans un soutien concret (thérapies, substituts nicotiniques, suivi psychologique), les révélations sur la contrebande ou les dangers du tabac resteront des mots sans impact.

Dans d’autres pays, des mesures plus radicales ont porté leurs fruits. En Afrique du Sud, par exemple, l’interdiction totale de la publicité pour le tabac et l’instauration de paquets neutres ont contribué à réduire la prévalence du tabagisme. En Europe, des systèmes de traçabilité indépendants de l’industrie du tabac ont permis de limiter le commerce illicite. Pourtant, au Sénégal, ces solutions peinent à être mises en œuvre. Pire, l’industrie du tabac, par son lobbying, freine souvent les avancées législatives.

Le problème est aussi économique. Le tabac coûte cher à la société sénégalaise : 122 milliards de francs CFA par an, selon une étude du CICODEV, soit cinq fois plus que les recettes générées par cette industrie. Pourtant, les fumeurs, même informés de ce coût exorbitant, ne renoncent pas à leur addiction. Cela prouve que la lutte contre le tabagisme ne peut pas se limiter à des campagnes de sensibilisation ou à des révélations chocs. Elle doit s’accompagner de mesures coercitives (interdiction de vente aux mineurs, sanctions contre les contrebandiers) et de programmes d’accompagnement accessibles à tous.

En Afrique du Nord, la coopération sécuritaire entre pays a permis de réduire significativement la contrebande de tabac. En France, le paquet neutre et les hausses régulières de taxes ont contribué à une baisse de la consommation. Au Sénégal, en revanche, les mesures restent fragmentées et peu contraignantes. Le pays a bien adopté une loi antitabac en 2014, mais son application laisse à désirer, notamment en raison de l’influence de l’industrie du tabac sur les décideurs politiques.

Les révélations du commissaire Thierno Gueye sont un électrochoc nécessaire, mais elles ne suffiront pas. La lutte contre le tabagisme ne peut pas reposer uniquement sur l’information. Il faut des mesures fortes : renforcement des contrôles douaniers, taxation plus lourde, accompagnement des fumeurs, et surtout, une volonté politique sans faille pour résister aux pressions de l’industrie du tabac.

Je suis convaincu que tant que le Sénégal ne mettra pas en place un plan global et cohérent, combinant répression, prévention et accompagnement, la contrebande et le tabagisme continueront de prospérer. Les chiffres sont là, les solutions aussi. Il ne manque plus que la volonté d’agir.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 25/05/202
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