Arrestation d’Azoura Fall : La liberté d’expression en péril au Sénégal ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Emmanuel | Publié le 31/05/2026 12:05:45

Arrestation d’Azoura Fall : La liberté d’expression en péril au Sénégal ?

L’information est tombée comme un coup de massue : Azoura Fall, militant de Pastef, a été interpellé à une station-service de Médine alors qu’il s’apprêtait à rejoindre Kaolack pour la Tabaski, simplement pour avoir tenu des propos critiques envers le président Bassirou Diomaye Diakhar Faye.

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Suite de l’article : Je ne peux m’empêcher de voir dans cette arrestation une dérive autoritaire déguisée en rigueur judiciaire. Si la loi doit protéger les institutions, elle ne saurait servir à museler toute voix dissonante.

Au Sénégal, le délit d’offense au chef de l’État, hérité de l’ère coloniale (article 254 du Code pénal), est régulièrement brandi pour réprimer les critiques politiques. Pourtant, dans une démocratie digne de ce nom, la liberté d’expression – même virulente – devrait être la règle, et l’exception, les propos incitant à la haine ou à la violence. Or, ici, c’est l’inverse qui semble se produire. Azoura Fall n’a pas appelé à la révolte : il a exprimé, à l’Assemblée nationale, un désaccord radical avec la politique présidentielle. Est-ce là un crime ? Des pays comme la France ont aboli ce délit en 2013, estimant qu’il était incompatible avec les principes républicains. Aux États-Unis, insulter le président relève de la tradition politique. Pourquoi le Sénégal, qui se targue d’être une démocratie stable, s’accrocherait-il à un vestige monarchique ?

L’audition d’Azoura Fall par la Division spéciale de cybersécurité (DSC) n’est pas un cas isolé. Depuis l’arrivée au pouvoir de Diomaye Faye, c’est la troisième arrestation pour offense au chef de l’État (RFI, juillet 2024). Le procureur s’est autosaisi, comme si la critique était un danger plus urgent que la corruption ou l’insécurité. Je me demande : où est la proportionnalité ? Un citoyen qui exprime sa colère – fut-ce avec excès – mérite-t-il d’être traité comme un criminel ? Les réseaux sociaux amplifient les propos, certes, mais ils devraient aussi élargir l’espace démocratique, pas le restreindre.

Pire, cette affaire survient dans un contexte où les promesses de transparence et de dialogue du nouveau pouvoir s’effritent. Le Sénégal a longtemps été un exemple en Afrique de l’Ouest pour sa stabilité politique. Aujourd’hui, l’impression grandit que la liberté d’expression n’est tolérée… qu’à condition de ne pas déranger.

Premièrement, le délit d’offense au chef de l’État est un anachronisme. Comme le souligne Seydi Gassama (Amnesty International Sénégal), cette loi crée une inégalité devant la justice : le président serait intouchable, tandis que le citoyen lambda peut être traîné en prison pour une phrase malencontreuse. Deuxièmement, les comparaisons internationales sont accablantes. En Guinée, ce délit a été dépénalisé. En Europe, la Cour des droits de l’homme protège les critiques politiques, même acerbes. Enfin, l’argument sécuritaire ne tient pas : aucun lien n’a été établi entre les propos d’Azoura Fall et une menace pour l’ordre public.

Je ne défends pas les insultes, mais je refusais l’idée que la peur du gourdin judiciaire devienne le seul rempart contre les excès du pouvoir. L’arrestation d’Azoura Fall symbolise une régression démocratique : celle d’un État qui préfère la répression au débat. Une démocratie mature se mesure à sa capacité à supporter la contestation, pas à sa promptitude à l’écraser. Il est temps d’abroger l’article 254 et de citer, enfin, que la liberté d’expression n’est pas un privilège, mais un droit. Sinon, à quand le tour des autres ?

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 31/05/202
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