Depuis début avril 2026, les gangs Kokorat san Ras et Gran Grif ont pris le contrôle de Marchand-Dessalines, dans le département de l’Artibonite, Haïti.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : En mai, ils ont démoli le commissariat de la commune et se sont installés en maîtres des lieux; le maire a démissionné. Ils imposent leur loi et réclament des taxes aux écoles et aux agriculteurs. La population vit depuis lors sous intimidation, silence forcé et absence de protection institutionnelle.
Les écoles sont restées fermées pendant environ deux mois avant qu’une déclaration publique des chefs Lucson et Bendjy n’autorise le retour des enfants en classe. La région agricole de l’Artibonite, connue pour sa production vivrière, est directement touchée par des extorsions et des déplacements de familles.
L’occupation des gangs efface les garanties de sécurité: commissariat détruit, tribunaux inopérants et services municipaux en panne après la démission du maire et l’absence de son successeur au palais municipal. Les chefs de gangs patrouillent en ville à visage découvert et prennent des décisions administratives de fait. Une habitante rapporte: « Une ville autrefois si calme se retrouve aujourd’hui plongée dans cette situation. Les gangs vivent et dorment désormais dans la ville, où ils font la loi. Personne n’ose rien dire. » Cette présence publique transforme l’espace civil en zone de commandement illégal.
L’extorsion économique cible les moyens d’existence. Le vice-délégué Dunelson Duval affirme que les gangs réclament 750 000 gourdes par localité, soit plus de 5 000 euros, et exigent de chaque agriculteur deux ou trois sacs de riz. Ce prélèvement pèse sur des familles qui dépendent presque exclusivement de l’agriculture dans l’arrondissement; certains habitants abandonnent leurs terres, d’autres déplacent leur foyer vers Saint-Marc, Cap-Haïtien ou les Gonaïves. Les déplacés cherchent des villes offrant encore des services de base et une sécurité relative, en comparaison avec la situation de Marchand-Dessalines.
L’omerta impose des contraintes sur la liberté d’expression et d’association. Les écoles ont rouvert après un compromis local, mais la décision dépend d’une autorisation des chefs armés plutôt que d’une planification éducative publique. Les tribunaux et les services policiers étant absents, les recours judiciaires sont suspendus et la protection des victimes de violences ne peut plus être garantie. Selon de nombreux analystes, la stratégie des groupes armés consiste à s’implanter au cœur des quartiers pour utiliser la population comme bouclier humain en cas d’intervention extérieure, une tactique qui accroît le risque de victimes civiles lors d’éventuelles opérations de rétablissement de l’ordre.
Les mécanismes d’adaptation forment une réponse forcée: fermeture temporaire des écoles, négociations directes entre directeurs et chefs de gangs, et recours limité aux représentants locaux qui vivent cachés. Le maire démissionnaire a accusé l’État central de complicité, et le successeur n’a jamais assumé ses fonctions sur place, laissant un vide administratif. La destruction des symboles de l’autorité publique réduit la capacité des institutions à garantir les droits fondamentaux à la sécurité, à l’éducation et à la justice.
La situation à Marchand-Dessalines illustre comment l’installation prolongée de groupes armés transforme l’exercice des droits en illusion concrète: liberté de circulation restreinte, sécurité impossible sans protection armée privée, et économie locale soumise à des prélèvements illégitimes. Les faits rassemblés montrent une érosion mesurable des protections étatiques et un risque immédiat pour la vie et la liberté des habitants, alors que les services publics restent absents et que les familles cherchent des solutions de survie hors de la commune.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : David F.
Mis en ligne : 19/07/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





