Violences xénophobes et pénurie : L'économie sud‑africaine craque - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 25/08/2026 05:08:00

Violences xénophobes et pénurie : L'économie sud‑africaine craque

Aaron Majatamhe, ouvrier agricole de 33 ans à Robertson, province du Cap occidental, travaille pendant la saison des agrumes alors que des milliers d’étrangers ont quitté l’Afrique du Sud après une échéance fixée par des groupuscules le 30 juin et un durcissement des contrôles.

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Suite de l’article : Selon des bilans fournis par des gouvernements africains, plus de 160 000 personnes sont parties en quelques semaines; quatre étrangers ont été tués dans des violences xénophobes, selon la police.

Cette vague d’exodes prive immédiatement des exploitations et des usines de main‑d’œuvre et met en lumière des réactions publiques et politiques qui ont accompagné ces départs.

Les pertes sont concrètes et sectorielles. Dans la ville agricole de Robertson, des mandarines restent non récoltées et des vignes ne sont pas taillées; dans la ceinture sucrière du KwaZulu‑Natal, un agriculteur a dit avoir perdu jusqu’à 80 % de ses coupeurs de canne du jour au lendemain. Dans la zone industrielle de Chatsworth, à Durban, des ateliers de confection ont vu partir des machinistes qualifiés venus du Malawi et du Mozambique, rendant les objectifs de production hors d’atteinte pendant plusieurs semaines. Les syndicats agricoles rapportent que des travailleurs étrangers occupaient des emplois dans l’agriculture, le bâtiment et le travail domestique, fonctions pour lesquelles la main‑d’œuvre locale se montre souvent moins disponible.

Des éléments factuels documentent les dynamiques en jeu. Le taux de chômage national avoisine 33 %, selon les chiffres officiels cités par des organisations syndicales; des responsables syndicaux comme Patrick Williams accusent certains employeurs de préférer les migrants pour leur moindre coût et leur moindre propension à exiger des contrats: « Ils tirent profit des ressortissants étrangers », a‑t‑il déclaré. Les témoignages décrivent des conditions où des migrants travaillent sept jours sur sept, sautent des pauses et touchent parfois des salaires inférieurs au minimum légal.

Au plan politique, le gouvernement a promu une approche « locals first » tout en étendant en juillet un dispositif accéléré de visas de travail destiné aux entreprises qui emploient majoritairement des Sud‑Africains ou qui investissent dans la formation. Le directeur général de la fédération patronale agricole SAFDA, Siyabonga Madlala, a suggéré de créer un programme réglementé de travailleurs saisonniers inspiré de celui des États‑Unis, plaidant pour des dérogations vers des pays membres de la SADC lorsque l’offre locale fait défaut.

Ces mesures et ces discours sont des faits: appels au départ par des groupes, raids policiers dans des foyers migrants, promotion de priorités nationales et ajustements réglementaires. La cooccurrence de ces actions et de la fuite massive de main‑d’œuvre pose une question d’ordre public et d’éthique politique sans nécessiter d’interprétation: des décisions administratives et une rhétorique publique ont contribué à créer un cadre dans lequel la menace contre des populations étrangères s’est traduite par des départs rapides et par des pertes humaines.

Les conséquences économiques contrastent avec les craintes sociales exposées: la dépendance à des travailleurs étrangers dans certains secteurs est apparue aussi évidente que l’absence de dispositifs fiables pour protéger ces personnes contre la violence. Comparée au modèle américain de travailleurs saisonniers, la proposition sud‑africaine reste pour l’instant un projet de régulation; la situation au sol offre une comparaison frappante entre perte brutale de main‑d’œuvre dans la canne à sucre et épuisement des capacités industrielles dans le textile.

Les chiffres et les récits convergent vers une réalité nette: secteurs entiers ont subi des coupures de main‑d’œuvre, des familles ont fui par peur ou sous la pression, et des mesures publiques ont accompagné ce mouvement. Aaron Majatamhe dit craindre de rester mais n’a pas les moyens de rentrer au Zimbabwe; Wayne Chimbadzwa Mutasa, qui vivait depuis 2014 à Robertson, est reparti après un raid policier. Ces destins individuels rendent tangibles les pertes humaines et économiques inscrites dans les chiffres et dans les politiques déployées.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Angélique N.
Mis en ligne : 25/08/2026

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