Pourquoi le choix de Diomaye Faye n'est pas une trahison - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 08/09/2026 12:09:30

Pourquoi le choix de Diomaye Faye n'est pas une trahison

J’ai lu avec agacement les déclarations du ministre Yankhoba Diémé, recueillies lors d’une tournée en Casamance. L’ancien cadre de Pastef y raconte, avec une pointe de regret à peine dissimulée, qu’Ousmane Sonko lui a « volé » la possibilité de devenir le premier président de la République issu de cette région.

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Suite de l’article : « En 2024, si Ousmane Sonko m’avait choisi, j’allais devenir le premier président de la République issu de la Casamance », a-t-il déclaré. Et d’ajouter, pour faire bonne mesure, que priver la Casamance de ce moment historique constitue, lui aussi, une forme de « trahison ». Je trouve cette rhétorique profondément injuste, et je souhaite m’en expliquer avec clarté et sans concession.

Rappelons les faits. En 2024, Ousmane Sonko lui-même est inéligible : le Conseil constitutionnel rejette sa candidature le 5 janvier, puis confirme cette décision le 20 janvier. Le Pastef doit donc trouver un candidat de remplacement. Le 19 novembre 2023, le parti désigne Bassirou Diomaye Faye, secrétaire général et cofondateur de la formation, comme « plan B ». Le slogan devient limpide : « Parrainer Diomaye Faye, c’est parrainer Sonko. » Faye remporte l’élection dès le premier tour, avec 54,28 % des voix. Le choix est non seulement stratégique, mais couronné de succès.

Ce que M. Diémé présente comme une trahison personnelle est en réalité une décision collective, dictée par des contraintes objectives. Sonko ne s’est pas réveillé un matin en se disant : « Je vais écarter Yankhoba. » Il a désigné le candidat qui, à ses yeux, portait le mieux le projet politique du parti. Faye n’était pas un inconnu : il était l’architecte de la doctrine du Pastef, son organisateur en interne, un inspecteur des finances publiques au profil rassurant. La légitimité de ce choix était incontestable au sein du parti.

Je trouve pour le moins cavalier de transformer un choix stratégique en affront personnel. M. Diémé avait-il vocation à être président ? En disposait-il des qualités ? Avait-il la stature nationale ? Ces questions, il ne les pose jamais. Il présuppose que le poste lui revenait de droit, parce qu’il partage le même département que Sonko. Or la proximité géographique ne fait pas un président. La politique n’est pas un héritage de proximité ; c’est un projet, une vision, une capacité à rassembler.

J’ajoute que Sonko est lui-même originaire de Casamance, de Bignona précisément. Accuser l’un des Casamançais les plus influents de l’histoire politique récente de « trahir » sa propre région sonne comme une contradiction que M. Diémé ne semble pas mesurer. Si la Casamance n’a pas eu son président en 2024, ce n’est pas par calcul régional de Sonko, mais parce que le contexte électoral — l’inéligibilité forcée de Sonko — a imposé un candidat de substitution capable de gagner.

Dans toutes les démocraties, la désignation d’un candidat relève d’un arbitrage stratégique, pas d’un dû régional. En France, lorsqu’un parti choisit un candidat plutôt qu’un autre, on parle de primaire ou de consensus, non de trahison. Aux États-Unis, le choix d’un colistier obéit à des calculs d’équilibre politique et non à une dette envers une région. Pourquoi le Sénégal ferait-il exception ? Et pourquoi cet argument de la « trahison » surgit-il seulement lorsque les ambitions personnelles ne sont pas satisfaites ?

En définitive, je refuse de laisser s’installer un récit qui fait de Sonko le coupable d’une ambition déçue. La politique se juge sur les convictions, les résultats et l’intérêt général — pas sur les postes que chacun espérait obtenir. M. Diémé a aujourd’hui la charge de ministre ; qu’il s’en acquitte avec sérieux, plutôt que de revisiter une décision qui a conduit le Sénégal vers une alternance historique. Ce que j’entends dans ces déclarations, ce n’est pas la défense de la Casamance : c’est le regret d’un poste qui n’est pas venu. Et cela, je le dis avec respect, ne sert ni la région, ni le pays.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 08/09/2026

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