Mali : L'embuscade qui interroge la stratégie sécuritaire - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 27/09/2026 05:09:00

Mali : L'embuscade qui interroge la stratégie sécuritaire

Il y a des nouvelles que l’on ne devrait jamais finir par considérer comme ordinaires. Au Mali, la mort d’au moins onze combattants, dont quatre membres de l’Africa Corps russe et sept chasseurs traditionnels dozos, dans une embuscade revendiquée par le JNIM, est une nouvelle alerte.

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Suite de l’article : Elle rappelle surtout une réalité brutale : malgré les changements d’alliances militaires et les promesses de reconquête, l’insécurité continue de frapper au cœur du pays.

Le 7 septembre, à Kaka, près de Sofara, dans la région de Mopti, une patrouille est tombée dans une embuscade. Selon plusieurs sources locales citées par RFI, les victimes appartenaient à l’Africa Corps et au groupe de chasseurs dozos Dan Na Ambassagou. Le JNIM, lié à Al-Qaïda, a revendiqué l’attaque. Mais les bilans restent difficiles à établir avec précision.

Et c’est justement là que le problème devient préoccupant : combien faudra-t-il encore de morts avant d’admettre que la réponse militaire seule ne suffit pas ?

Les dozos, présentés comme des groupes d’autodéfense chargés de protéger les populations, paient eux aussi un lourd tribut. Quant aux combattants russes, leur présence devait contribuer à renforcer les capacités des forces maliennes. Pourtant, les attaques continuent. Quelques mois plus tôt, le Mali avait déjà été secoué par des offensives d’une ampleur considérable. Le 10 septembre, une attaque du JNIM contre un camp militaire à Dioura aurait encore causé la mort de plus d’une centaine de soldats maliens, selon des sources citées par Reuters.

Alors, à quoi sert une stratégie sécuritaire qui ne parvient pas à empêcher l’ennemi de multiplier les attaques ?

La situation devient encore plus inquiétante lorsqu’on regarde ce qui s’est passé la veille de l’embuscade. Un tir de drone malien à Bourkouma aurait tué une femme et son bébé et blessé plusieurs civils, selon des sources locales rapportées par RFI. Certaines sources considèrent l’attaque de Kaka comme une possible représaille. Cette hypothèse doit évidemment être maniée avec prudence tant qu’elle n’est pas officiellement établie.

Mais le simple fait qu’un tel enchaînement soit évoqué montre l’extrême fragilité de la situation.

Le Mali n’est d’ailleurs pas le seul pays confronté à ce piège. Dans le Sahel, les autorités ont souvent renforcé les forces locales, les groupes auxiliaires ou les partenaires étrangers pour compenser leurs difficultés militaires. Or, lorsque plusieurs acteurs armés interviennent sur un même territoire, la frontière entre protection des populations, représailles et violences contre les civils peut devenir dangereusement floue.

Le cas malien est d’autant plus sensible que l’arrivée de l’Africa Corps s’inscrit dans une rupture avec l’ancien dispositif sécuritaire occidental. La Russie a pris une place importante aux côtés des autorités maliennes, mais les attaques jihadistes restent capables de frapper des positions militaires et stratégiques. En avril 2026, une offensive coordonnée avait notamment touché plusieurs zones du pays et coûté la vie au ministre de la Défense Sadio Camara.

Plus grave encore, Human Rights Watch a accusé en juillet l’Africa Corps d’avoir tué huit civils, dont trois enfants, lors d’une frappe à Kyrnia, dans la région de Mopti. Ces accusations sont contestées et les autorités n’ont pas immédiatement répondu aux demandes de commentaire.

Voilà pourquoi il faut sortir des slogans. Le Mali ne peut pas mesurer sa sécurité uniquement au nombre de bases ennemies détruites ou de combattants éliminés. La véritable victoire sera celle qui permettra à un paysan de dormir sans craindre une attaque, à une famille de voyager sans peur et à un enfant de grandir sans connaître la guerre.

Sinon, les embuscades continueront, les représailles succéderont aux représailles et le Sahel restera prisonnier d’un conflit qui semble toujours changer de visage, mais jamais de victimes.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 27/09/2026

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