Paul Biya à 93 ans : Quel avenir démocratique pour le Cameroun ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 18/10/2026 05:10:00

Paul Biya à 93 ans : Quel avenir démocratique pour le Cameroun ?

Fixer les priorités budgétaires d’un pays sans clarifier son calendrier électoral : voilà le paradoxe camerounais. À 93 ans, Paul Biya reste au centre du pouvoir, tandis que l’avenir démocratique du pays demeure suspendu à des décisions attendues. Le Cameroun peut-il continuer ainsi ?

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Suite de l’article : Il y a des silences qui en disent plus long que les discours. Au Cameroun, la circulaire présidentielle du 12 octobre 2026 sur la préparation du budget 2027 en est une illustration frappante. Paul Biya détaille les priorités économiques, vante la production locale et fixe des objectifs de croissance, mais ne précise ni la date des élections municipales et législatives ni les moyens clairement affectés à leur organisation. Comment parler de rigueur budgétaire sans apporter de visibilité sur le fonctionnement démocratique du pays ?

Voilà le véritable problème : un État ne peut pas être réduit à un budget, et la gouvernance ne saurait se résumer à des tableaux de chiffres. Les Camerounais ont besoin d’emplois, de routes et de services publics, mais aussi d’institutions prévisibles et d’échéances électorales respectées. Les élections déjà reportées à plusieurs reprises ne peuvent rester indéfiniment dans le brouillard administratif.

À 93 ans, Paul Biya dirige le Cameroun depuis 1982. Cette longévité exceptionnelle pose une question politique incontournable : comment organiser le renouvellement du pouvoir dans un pays où la même figure domine la vie institutionnelle depuis plus de quatre décennies ? Il ne s’agit pas de prétendre connaître ses capacités personnelles, mais de constater qu’un système aussi durablement concentré autour d’un seul dirigeant doit pouvoir garantir une succession démocratique, transparente et sans ambiguïté.

Le Cameroun n’est d’ailleurs pas un cas isolé. En Ouganda, Yoweri Museveni dirige le pays depuis 1986. Au Tchad, la succession de Mahamat Idriss Déby à son père a également illustré les difficultés du renouvellement politique en Afrique centrale. Ces trajectoires diffèrent, mais elles soulèvent une même interrogation : les institutions sont-elles suffisamment fortes pour assurer l’alternance sans dépendre durablement d’un homme ou d’un clan ?

Certes, le budget 2027 annonce une croissance projetée de 3,6 % et accorde une place aux projets en cours, notamment à l’autoroute Yaoundé-Douala. Mais à quoi servent les promesses économiques si les citoyens ne savent toujours pas clairement quand ils pourront renouveler leurs représentants ?

Paul Biya doit préparer une sortie du pouvoir ordonnée, constitutionnelle et démocratique. Le Cameroun a besoin d’institutions capables de fonctionner sans être suspendues à la longévité d’un président. Quitter le pouvoir n’est pas une humiliation : c’est aussi reconnaître qu’une nation doit survivre à ses dirigeants.

Le véritable patriotisme ne consiste pas à rester éternellement au sommet. Il consiste à bâtir un pays où personne n’est indispensable, où les élections ne sont pas une variable d’ajustement et où l’avenir collectif ne dépend pas du silence d’un seul homme.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 18/10/2026

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