Le Dr Daba Diop, gynécologue-obstétricienne et sénologue, et le Dr Kanta Ka, cancérologue, ont alerté sur le cancer du sein masculin au Sénégal en rappelant les lacunes de diagnostic et de données.
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Suite de l’article : Selon la Ligue sénégalaise contre le cancer, le pays enregistre environ 2 220 nouveaux cas de cancer du sein et plus de 1 300 décès par an; les cas masculins restent rares et mal documentés. Le tabou et la méconnaissance retardent souvent la consultation.
Les campagnes d’Octobre Rose ciblent majoritairement les femmes, qui constituent l’immense majorité des personnes atteintes, tandis que les statistiques ventilées par sexe au Sénégal font défaut.
Le profil clinique du cancer du sein chez l’homme comprend une masse ferme, souvent indolore, située derrière ou près du mamelon, une rétraction du mamelon, un écoulement parfois sanglant, des altérations cutanées ou des adénopathies axillaires. Les facteurs de risque reconnus sont l’âge avancé (fréquence maximale autour de 60-70 ans), les antécédents familiaux, les mutations héréditaires BRCA2 et BRCA1, le syndrome de Klinefelter, l’obésité, la cirrhose hépatique et des antécédents d’irradiation thoracique. Le parcours diagnostique repose sur l’examen clinique, l’imagerie (mammographie ou échographie) et la biopsie pour confirmation histologique, puis sur des examens d’extension lorsque la lésion est maligne. Le traitement utilise les mêmes modalités que pour la femme: chirurgie, radiothérapie, chimiothérapie, hormonothérapie ou thérapies ciblées selon le profil tumoral.
Plusieurs éléments factuels expliquent la focalisation des campagnes sur les femmes. D’abord, la proportion d’hommes atteints reste très faible: dans les séries internationales, près de 1 % des cancers du sein surviennent chez l’homme, ce qui entraîne un rendement faible des actions de masse ciblant cette population. Ensuite, les recommandations internationales n’encouragent pas de dépistage systématique pour tous les hommes; la surveillance est individualisée pour les personnes porteuses d’une mutation génétique connue ou ayant des antécédents familiaux marqués. Enfin, les contraintes du système de santé sénégalais influencent les priorités: délais d’accès aux spécialistes, nombre limité d’anatomopathologistes et coûts élevés des examens et des traitements réduisent la capacité à multiplier des campagnes supplémentaires sans effet démontré sur la mortalité globale.
Le Dr Kanta Ka résume une perception répandue: « Les gens ont l’habitude de penser que lorsqu’on parle de cancer du sein, cela ne concerne que les femmes. » Le Dr Daba Diop insiste: « Une grosseur indolore doit impérativement amener à consulter. » Ces deux constats factuels placent la prévention sur le plan de l’information et de la prise en charge individuelle plutôt que sur celui d’actions de masse pour les hommes.
Comparativement, les programmes de dépistage organisés pour les femmes reposent sur un rapport coût-bénéfice établi par des séries larges et des politiques publiques, ce qui n’existe pas pour les hommes. Comparer les deux situations met en évidence l’écart entre prévalence et priorisation des ressources.
Les preuves actuelles soutiennent une approche pragmatique: maintenir la visibilité des signes cliniques auprès de tous, assurer une orientation rapide vers un spécialiste lorsque des symptômes apparaissent, proposer un suivi adapté aux hommes à haut risque identifiés, et concentrer les ressources de santé publique sur les interventions qui ont démontré un impact mesurable sur la mortalité. En l’absence de données nationales détaillées et d’études prouvant l’efficacité d’actions ciblées pour les hommes, les données disponibles légitiment la focalisation féminine des campagnes tout en recommandant une vigilance clinique renforcée pour les rares cas masculins.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Elhadji D.
Mis en ligne : 25/10/2026
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