La sortie de Cheikh Niasse, patron du groupe Walfadjri, sur les conséquences de la suspension des conventions publicitaires avec les médias relance un débat essentiel : jusqu’où une entreprise de presse peut-elle dépendre de l’argent public pour assurer sa survie ?
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Suite de l’article : Lorsqu’il affirme qu’« Ousmane Sonko nous a fait très mal », en évoquant des emprunts de plusieurs centaines de millions de francs CFA, une question mérite d’être posée : fallait-il attendre une telle crise pour mesurer les risques d’une dépendance financière ?
Soyons clairs : la suspension des conventions publicitaires peut fragiliser des entreprises, menacer des emplois et compliquer le fonctionnement des rédactions. Derrière les difficultés financières de Walfadjri, il y a des journalistes, des techniciens et des familles qui vivent de ce travail. Mais il serait trop facile de réduire tout le problème à une décision gouvernementale sans interroger également la gestion et le modèle économique des entreprises concernées.
Cheikh Niasse, il fallait aussi réfléchir avant de se lancer dans une telle dépendance. Diriger un groupe de presse, ce n’est pas seulement produire de l’information et défendre une ligne éditoriale. C’est aussi anticiper les crises, diversifier les recettes et préparer l’entreprise aux changements politiques. Lorsqu’une structure dépend fortement des conventions publicitaires publiques, elle s’expose au risque de voir ses finances bouleversées dès que les règles changent.
Le problème ne date d’ailleurs pas du Sénégal. Dans plusieurs pays africains, les médias économiques fragiles dépendent de contrats publicitaires provenant de l’État ou de grandes institutions. Lorsque ces ressources diminuent, les difficultés apparaissent : retards de salaires, réduction des effectifs, endettement et parfois fermeture. Cette situation montre qu’une presse financièrement vulnérable peut se retrouver exposée aux décisions des pouvoirs publics, quel que soit le régime en place.
Regardons également le cas des médias privés dans des économies où la publicité commerciale est plus développée. Les entreprises de presse qui diversifient leurs revenus entre abonnements, publicité privée, événements, contenus numériques et partenariats disposent de plusieurs sources de financement. Elles ne sont pas à l’abri des crises, mais elles peuvent mieux absorber la disparition d’un contrat ou la baisse d’une recette. Ce modèle n’est pas une garantie absolue ; il rappelle simplement qu’une stratégie de diversification peut réduire les risques.
Pour autant, le gouvernement ne peut pas se dédouaner de ses responsabilités. Les conventions publicitaires publiques doivent obéir à des critères transparents, objectifs et équitables. Si leur suspension a été décidée sans mesures d’accompagnement suffisantes, les conséquences sur les entreprises et les emplois méritent un examen sérieux. La reprise annoncée ne doit toutefois pas devenir un moyen de récompenser les médias favorables au pouvoir ou de pénaliser ceux qui le critiquent.
C’est là toute la difficulté : l’État doit soutenir un cadre équitable sans transformer la publicité publique en instrument de pression Et les patrons de presse doivent bâtir des entreprises capables de résister aux alternances politiques.
Aujourd’hui, Cheikh Niasse se réjouit de la perspective d’une reprise des conventions. On peut comprendre son soulagement. Mais cette crise doit servir de leçon à tout le secteur. Emprunter des centaines de millions pour maintenir une entreprise à flot n’est pas une stratégie durable si les mêmes fragilités demeurent.
La presse sénégalaise mérite mieux qu’une survie suspendue aux décisions du pouvoir. L’indépendance éditoriale exige aussi une indépendance économique. Et celle-ci ne se décrète pas au lendemain d’une crise : elle se prépare bien avant.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 25/10/2026
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