Au Sénégal, dès qu’une ancienne responsable politique conteste une procédure d’enquête, certains s’empressent de parler de fuite en avant.
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Suite de l’article : L’affaire du Fonds Jamm Casamance, qui oppose Aminata Touré au député Amadou Bâ, pose pourtant une question essentielle : veut-on faire toute la lumière sur la gestion des fonds publics ou transformer le contrôle parlementaire en règlement de comptes politiques ?
Le Sénégal a besoin de transparence, personne ne devrait le contester. Mais encore faut-il que cette transparence soit appliquée avec la même rigueur à tous, sans acharnement contre certains et indulgence envers d’autres. C’est précisément là que le débat autour d’Aminata Touré mérite d’être posé.
Le député Amadou Bâ accuse l’ancienne Première ministre de vouloir échapper à l’enquête parlementaire sur le Fonds Jamm Casamance et les fonds du Conseil économique, social et environnemental (CESE). Il lui reproche notamment de remettre en question la compétence de l’Assemblée nationale après avoir, selon lui, réclamé un audit parlementaire. Voilà une accusation sérieuse. Mais une accusation, aussi bruyante soit-elle, ne constitue pas une preuve de mauvaise gestion.
Depuis quand demander des clarifications sur la compétence d’une institution équivaut-il automatiquement à vouloir dissimuler quelque chose ? Dans un État de droit, le contrôle des fonds publics est indispensable, mais le respect des procédures l’est tout autant. Une commission d’enquête ne doit pas être un tribunal médiatique où les accusations précèdent les conclusions.
Que l’Assemblée nationale enquête sur les fonds spéciaux de la Primature entre 2012 et 2026, pourquoi pas ? Que tous les anciens Premiers ministres concernés soient entendus, c’est même une exigence de cohérence. Mais si l’on veut réellement établir les responsabilités, il faut garantir l’impartialité des investigations, permettre aux personnes mises en cause de répondre et publier des conclusions fondées sur des éléments vérifiables.
Le véritable scandale serait que la transparence devienne sélective. On ne peut pas réclamer des comptes à Aminata Touré tout en oubliant les autres responsables concernés par la même période. Le député cite lui-même plusieurs anciens Premiers ministres, dont Abdoul Mbaye, Sidiki Kaba et Ousmane Sonko. La logique devrait donc être simple : même procédure, mêmes exigences et même respect du droit pour tous.
Cette polémique rappelle les controverses observées dans d’autres pays, notamment en Afrique du Sud, où les commissions d’enquête sur la corruption ont joué un rôle majeur dans la mise en lumière de dysfonctionnements institutionnels. L’expérience sud-africaine montre l’importance de recueillir des témoignages, de confronter les versions et d’examiner les preuves. Elle rappelle également qu’une enquête perd de sa crédibilité lorsque les citoyens soupçonnent que ses objectifs dépassent la recherche de la vérité.
Au Sénégal, personne ne devrait être au-dessus du contrôle public. Mais personne ne devrait non plus être présumé coupable parce qu’il conteste une démarche institutionnelle. Si Aminata Touré a des explications à fournir sur la gestion du Fonds Jamm Casamance, qu’elle les fournisse. Si des irrégularités sont établies, les responsabilités devront être déterminées conformément à la loi.
Mais Amadou Bâ et les autres responsables chargés de cette enquête doivent aussi accepter une exigence : expliquer clairement le mandat de la commission, ses méthodes et les garanties d’impartialité qui l’encadrent.
Au fond, la question n’est pas de savoir qui déteste Aminata Touré. Elle est de savoir pourquoi le débat public se transforme si rapidement en confrontation personnelle.
Le Sénégal n’a pas besoin d’une chasse aux sorcières, mais d’une chasse rigoureuse à la vérité. Les fonds publics appartiennent aux Sénégalais. Leur gestion doit être examinée sans complaisance, sans vengeance et sans exception. La transparence ne se proclame pas dans les déclarations politiques : elle se démontre par des procédures équitables, des preuves solides et des conclusions applicables à tous.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 19/10/2026
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