Au Sénégal, les gouvernements changent, les slogans se succèdent, mais certains visages restent toujours aux premières loges du pouvoir.
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Suite de l’article : Du Parti socialiste au PDS, de l’APR à Pastef, ces responsables politiques semblent posséder un talent extraordinaire pour se réinventer. Mais derrière cette capacité d’adaptation, une question dérange : où sont passées les convictions idéologiques ?
Il faut arrêter de prendre les Sénégalais pour des spectateurs incapables de comprendre les calculs politiques. À chaque alternance, les mêmes visages réapparaissent, changent de discours, abandonnent d’anciens alliés et se découvrent de nouvelles convictions. Hier, ils défendaient un régime. Aujourd’hui, ils soutiennent son successeur. Demain, qui sait ? Peut-être seront-ils les premiers à dénoncer ceux qu’ils applaudissent actuellement.
Aïda Mbodj illustre cette trajectoire. Passée par le Parti socialiste, puis le Parti démocratique sénégalais (PDS), elle a finalement fondu son mouvement, And Saxal Liguey, dans Pastef. Son parcours interroge sur la frontière entre évolution politique et opportunisme. Changer de parti n’est pas un crime. Mais lorsque les changements deviennent répétitifs, les citoyens sont en droit de demander quelles convictions demeurent constantes.
Aminata Touré présente également un parcours marqué par plusieurs formations politiques, avant son engagement auprès de Macky Sall et ses nouvelles responsabilités politiques. Amadou Ba, lui aussi, a évolué dans différents environnements politiques avant de rejoindre l’APR, d’occuper de hautes fonctions et de lancer son propre parti après la présidentielle de 2024.
Le cas de Mary Teuw Niane alimente également les débats. Son itinéraire, des milieux communistes aux responsabilités exercées sous différents pouvoirs, puis son rapprochement avec la coalition de Bassirou Diomaye Faye, soulève une interrogation légitime : les alliances politiques servent-elles d’abord un projet collectif ou les ambitions individuelles ?
Le véritable problème n’est pas de changer de camp, mais de changer de principes sans jamais rendre de comptes. Dans une démocratie, un responsable peut évoluer, reconnaître ses erreurs et revoir ses alliances. Ce qui devient préoccupant, c’est l’absence de cohérence entre les discours d’hier et les engagements d’aujourd’hui.
Regardons ailleurs. En Italie, les recompositions politiques et les changements d’alliances ont régulièrement bouleversé les majorités gouvernementales. En France également, des responsables politiques ont changé de famille partisane ou rejoint de nouvelles formations. Ces trajectoires ne prouvent pas automatiquement l’existence d’un calcul personnel, mais elles montrent combien la recherche du pouvoir peut fragiliser la lisibilité des engagements politiques.
Au Sénégal, cette question est d’autant plus importante que les citoyens attendent des ruptures concrètes après chaque alternance. Ils veulent des emplois, une meilleure gestion des ressources publiques, des institutions solides et une justice équitable. Ils ne votent pas simplement pour permettre aux mêmes responsables de changer de fauteuil.
Abdoulaye Saydou Sow, Abdoulaye Matar Diop, Serigne Mbacké Ndiaye et Mamadou Diop Decroix figurent également parmi les personnalités dont les trajectoires méritent d’être examinées avec attention, sans présumer de leurs motivations individuelles.
La rupture promise ne peut pas se limiter au remplacement des hommes. Elle doit aussi transformer les pratiques. Pastef ne devrait pas devenir une nouvelle destination pour tous ceux qui cherchent à rester proches du pouvoir. Si les anciennes habitudes survivent à l’alternance, alors le changement risque de n’être qu’un décor.
Les Sénégalais méritent mieux qu’un éternel ballet de transhumants politiques. Ils méritent des dirigeants capables de défendre des principes même lorsqu’ils perdent des postes, des privilèges ou des alliances. Car, au bout du compte, la vraie fidélité d’un responsable politique ne devrait pas aller au régime qui le récompense, mais au peuple qui lui confie son avenir.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 14/10/2026
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