La manière dont la presse s’empare des affaires impliquant des influenceuses ressemble trop souvent à un spectacle qui divertit sans interroger vraiment les responsabilités.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Le ton sensationnaliste privilégie les chocs et les rumeurs, tandis que les questions économiques et morales restent traitées en filigrane. Le chroniqueur condamne ce double langage médiatique qui libère les véritables moteurs de ces pratiques payantes et parfois illégales de toute une part de leur culpabilité.
Les faits sont simples et troublants: des transferts d’argent, des recrutements de relais numériques, des insultes instrumentalisées pour régler des comptes. La mise en avant des noms, des voix et des anecdotes fonctionne comme une série télévisée où le public s’émeut puis passe à autre chose. La narration dominante présente des influenceuses comme des figures de scandale, sans explorer la mécanique financière qui rend ces agissements possibles. Quand la presse s’attarde sur le buzz des messages audio et sur l’ampleur des sommes, elle évite souvent d’analyser qui finance, qui bénéficie réellement et pourquoi ces pratiques se multiplient.
L’analyse doit porter sur la responsabilité économique d’abord. Les transferts d’argent constatés ne sont pas de simples gestes privés: ils témoignent d’un marché où la visibilité se monnaye, où la réputation devient une marchandise. En banalisant l’achat d’attaques ciblées, les médias normalisent un système où l’argent achète des vindictes publiques. La moralité de ces transactions est mise de côté quand on préfère titrer sur le buzz plutôt que sur les circuits financiers et la chaîne d’implication entre commanditaires, intermédiaires et exécutants.
Sur le plan moral, la couverture tend à victimiser et à diaboliser à tour de rôle, sans poser la question du pouvoir d’influence et de la responsabilité sociale. Les influenceuses rassemblent des audiences; elles doivent répondre de la manière dont elles utilisent cette audience, des messages qu’elles promeuvent et des services qu’elles proposent. Présenter ces affaires comme de simples querelles privées revient à épargner ceux qui tirent profit des attaques payantes. Quand un message audio promet « je vais faire le travail », il ne s’agit pas d’un slogan isolé, mais d’un contrat moral et parfois pénal entre acteurs.
La presse pourrait faire autrement: enquêter sur les flux financiers, interroger les plateformes qui facilitent la propagation, scruter les modèles économiques qui transforment la haine en source de revenu. Deux comparaisons aident à saisir le problème: traiter ces affaires comme un feuilleton revient à ignorer le feu dans la maison et à commenter la couleur de la fumée; évoquer uniquement les acteurs visibles revient à blâmer le bras qui frappe sans regarder la main qui paie. Ce refus d’investigation en profondeur protège une économie grise de l’influence, alors que la transparence permettrait de réduire les pratiques criminelles.
Les éléments concrets existent: enregistrements, transferts financiers et recrutements numériques. Le rôle des intermédiaires mérite une mise au jour plus attentive, tout comme la réponse des plateformes sociales et des régulateurs. Sans une presse qui creuse ces pistes, le récit restera superficiel et la sanction sociale limitée à l’indignation passagère.
Pour finir, il faut insister sur le coût collectif de ce double langage: il banalise la transaction de la violence verbale, il affaiblit les règles morales et il protège des acteurs économiques responsables. La presse a le devoir de traiter ces affaires avec rigueur plutôt que comme un divertissement. Le chroniqueur appelle à une couverture qui arrête de flatter le sensationnel et qui commence à demander des comptes aux vrais bénéficiaires.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : La Féministe.
Mis en ligne : 27/06/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





