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Le lutteur Balla Gaye 2, de son vrai nom Oumar Sakho, figure emblématique de l’arène sénégalaise, aurait été victime d’une escroquerie foncière de 62 millions de francs CFA. À en croire les faits rapportés, il aurait été dupé par un soi-disant agent immobilier, M. Sèye, récemment interpellé par la brigade de recherches de Keur Massar. Cette énième affaire de malversations immobilières ne saurait être vue comme un simple cas isolé. Elle est plutôt le symptôme d’un mal plus profond : un secteur foncier gangrené par l’arnaque et le laxisme institutionnel. Cette affaire est révélatrice d’un système défaillant, où la confiance des citoyens est quotidiennement trahie.
Au Sénégal, l’immobilier est un domaine aussi lucratif que risqué. La demande en logements explose, tirée par l’urbanisation et l’aspiration des ménages à l’accession à la propriété. Pourtant, cette dynamique attire aussi des individus sans foi ni loi, qui exploitent l’ignorance des règles juridiques ou l’absence de mécanismes de vérification efficaces. Le manque de rigueur dans l’attribution, la gestion et le contrôle des titres de propriété crée une zone grise dans laquelle prolifèrent les escrocs.
Dans l’affaire qui nous occupe, Balla Gaye 2 aurait versé 62 millions de francs CFA à M. Sèye pour l’achat d’une maison à Guédiawaye. En retour, il reçoit des documents prétendument authentiques. Mais lorsque le lutteur entame des travaux, il découvre qu’un autre individu revendique la propriété du bien, ayant lui aussi traité avec le même « agent immobilier ». Comment une telle confusion peut-elle être possible sans complicité ou négligence dans les maillons administratifs du système foncier ?
Le plus troublant est l’absence de contrôle rigoureux en amont de la transaction. Aucun fichier centralisé, aucune procédure de vérification immédiate, aucune sanction exemplaire contre les faussaires récurrents : le chaos est tel qu’un même bien peut être vendu plusieurs fois, avec des documents « officiels » à l’appui.
Ce type de fraude n’est pas nouveau. D’autres citoyens, parfois bien moins médiatisés que Balla Gaye 2, vivent chaque jour des drames similaires. De Keur Massar à Tivaouane Peulh, des familles entières sont expulsées après avoir investi leurs économies dans des terrains litigieux. Cette répétition des cas montre que l’escroquerie foncière n’est pas une anomalie, mais un business parallèle, nourri par l’impunité.
Des pays comme le Rwanda ou le Ghana ont mis en place des systèmes numérisés de cadastre et des guichets uniques, réduisant drastiquement les litiges. Le Sénégal, malgré ses ambitions numériques, accuse un retard inquiétant. Tant que l’on continuera à tolérer l’opacité, les failles administratives et l’absence de traçabilité, les malfrats auront le champ libre.
Il faut que les autorités reprennent la main sur ce secteur. La mise en place d’un cadastre numérique centralisé, l’obligation de passer par des notaires agréés et la traçabilité totale des transactions sont des mesures minimales. Les peines pour escroquerie foncière doivent être alourdies, et les complices dans l’administration sévèrement sanctionnés.
L’affaire Balla Gaye 2 ne doit pas se solder par une simple garde à vue ou une promesse de remboursement non tenue. Elle doit servir d’électrochoc à une réforme en profondeur. Trop de Sénégalais ont vu leur rêve de propriété se transformer en cauchemar à cause d’un système permissif.
On doit rompre avec l’indulgence institutionnelle. Le Sénégal doit rendre l’immobilier sûr et transparent pour tous, pas seulement pour les célébrités.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Ahmada Ndoye
Mis en ligne : 08/08/2025
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