Niger : L’illusion sécuritaire mise à nu par l’État islamique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 10/02/2026 04:02:30

Niger : L’illusion sécuritaire mise à nu par l’État islamique

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L’attaque récente de l’aéroport international Diori Hamani de Niamey, revendiquée par l’État islamique au Sahel (EIS), a mis en lumière des lacunes graves dans la protection des infrastructures stratégiques au Niger. Si les autorités nigériennes ont rapidement évoqué une riposte efficace et un bilan maîtrisé, la version des faits avancée par les assaillants, corroborée par des vidéos et des témoignages, révèle une réalité bien plus inquiétante : celle d’un système de sécurité défaillant, incapable d’anticiper et de prévenir une menace pourtant prévisible.

Je me permets ici d’exprimer mon inquiétude face à cette situation, qui interroge non seulement la crédibilité des dispositifs en place, mais aussi la capacité des États sahéliens à garantir la sécurité de leurs populations et de leurs partenaires internationaux.

Le Sahel est depuis une décennie le théâtre d’une escalade de la violence djihadiste, principalement portée par le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM, lié à Al-Qaïda) et l’État islamique au Sahel. Jusqu’à présent, la capitale nigérienne, Niamey, était relativement épargnée par les attaques directes, contrairement aux régions frontalières. Pourtant, les signes avant-coureurs ne manquaient pas : en janvier 2026, le JNIM avait revendiqué la destruction d’un véhicule militaire à quelques kilomètres seulement de la ville, et un ressortissant américain avait été enlevé en plein centre-ville en octobre 2025. Ces événements, combinés à l’extension géographique des groupes armés, devaient alerter sur la vulnérabilité croissante de la capitale.

L’aéroport de Niamey, en plus d’être une plaque tournante du transport civil, abrite la base aérienne 101, un site militaire stratégique où sont stationnés des soldats nigériens, italiens et russes. Sa sécurité est donc une priorité absolue, tant pour le Niger que pour ses alliés. Pourtant, l’attaque du 28 janvier 2026 a démontré que cette priorité n’était pas suffisamment traduite en actes concrets.

Selon la version de l’EIS, les assaillants ont pu surveiller le site pendant plusieurs semaines, repérer un portail mal sécurisé sur le côté est, et l’escalader pour ouvrir l’accès de l’intérieur. Cette affirmation, si elle est exacte, révèle un manque criant de vigilance humaine et de contrôles aléatoires, malgré la présence d’un système de vidéosurveillance présenté comme performant. Les caméras, aussi nombreuses soient-elles, ne suffisent pas si les images ne sont pas analysées en temps réel ou si les procédures de réaction sont inefficaces.

Les autorités nigériennes ont accusé des « mercenaires télécommandés » et salué l’appui de leurs « partenaires russes ». Pourtant, la rapidité avec laquelle les assaillants ont pu pénétrer dans l’enceinte, viser des avions et un hélicoptère, puis se filmer dans la zone civile, interroge. Comment un site aussi sensible a-t-il pu être infiltré sans déclencher d’alerte immédiate ? Comment expliquer que des dizaines de terroristes, certains à moto, aient pu circuler librement dans un espace censé être ultra-protégé ?

La réponse des autorités, qui consiste à rejeter la responsabilité sur des acteurs extérieurs ou à minimiser l’ampleur de l’attaque, ne rassure pas. Elle révèle au contraire une tendance à la déresponsabilisation et une difficulté à reconnaître les failles internes.

L’attaque de Niamey n’est pas un incident isolé. Elle s’inscrit dans une série de défaillances sécuritaires au Sahel, où les groupes armés exploitent systématiquement les faiblesses des États. En 2025, le Sahel a concentré près de 40 % des attaques terroristes en Afrique, avec un bilan humain en constante augmentation. Pourtant, malgré les alertes répétées, les dispositifs de sécurité restent réactifs plutôt que préventifs. La coordination entre les forces nigériennes, les alliés russes et les autres partenaires internationaux semble insuffisante, comme en témoignent les tensions diplomatiques et les accusations croisées entre pays voisins.

La sécurité d’un aéroport international est un indicateur clé de la stabilité d’un pays. Or, cette attaque, en plein cœur de la capitale, envoie un signal désastreux : ni les civils, ni les militaires, ni les investisseurs étrangers ne peuvent se sentir en sécurité. Les populations, déjà éprouvées par des années de crise, voient leur confiance dans les institutions s’effriter. Les partenaires internationaux, quant à eux, pourraient remettre en cause leur engagement, comme l’ont déjà fait la France et les États-Unis en quittant le Niger.

Les autorités nigériennes mettent en avant leur système de vidéosurveillance. Pourtant, la technologie ne remplace pas une stratégie globale : formation des agents, audits réguliers, simulations d’attaques, et surtout, une culture de la vigilance permanente. L’EIS a prouvé qu’il savait exploiter les routines et les failles humaines. Sans une remise en question profonde des protocoles, les mêmes erreurs se répéteront.

Dans d’autres contextes, comme en Europe ou au Moyen-Orient, les attaques contre des infrastructures critiques ont souvent conduit à des réformes majeures : renforcement des contrôles d’accès, collaboration accrue entre services de renseignement, et investissements dans la cybersécurité. Au Sahel, malgré les sommet et les déclarations d’intention, les actions concrètes peinent à suivre. L’Alliance des États du Sahel (AES), créée pour mutualiser les efforts, semble plus préoccupée par des questions de souveraineté que par une coopération efficace contre le terrorisme.

L’attaque de l’aéroport de Niamey est un électrochoc. Elle révèle que la sécurité au Sahel ne peut plus se contenter de mesures cosmétiques ou de discours incantatoires. Il est temps de passer d’une logique de réaction à une stratégie de prévention, en intégrant : Un audit indépendant des dispositifs de sécurité, notamment dans les zones sensibles. Une formation continue des forces de sécurité, avec un accent sur l’anticipation et la gestion de crise. Une coopération régionale renforcée, au-delà des clivages politiques, pour partager les renseignements et coordonner les ripostes. Une transparence accrue envers les populations et les partenaires, afin de restaurer la confiance.

Je ne peux que m’inquiéter de la tournure des événements. Si les autorités nigériennes et leurs alliés ne tirent pas les leçons de cet échec, le Sahel risque de s’enfoncer davantage dans l’instabilité, au détriment de millions de vies. La sécurité n’est pas une option : c’est une condition sine qua non pour l’avenir de la région.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Alioune Dieng.
Mis en ligne : 10/02/202
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