Affaire des homosexuels au Sénégal : Quand la prudence devient complicité - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 18/02/2026 11:02:00

Affaire des homosexuels au Sénégal : Quand la prudence devient complicité

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L’annonce récente du déploiement de la Brigade d’intervention polyvalente (BIP) pour sécuriser Mame Makhtar Guèye, vice-président de l’ONG islamique Jamra, a suscité autant d’interrogations que de craintes. Si la protection des acteurs publics dans un contexte sensible est légitime, l’utilisation de moyens d’État pour couvrir une organisation dont les méthodes et les discours divisent profondément l’opinion publique mérite une analyse critique.

Je m’interroge ici sur les risques d’une telle démarche, qui semble valider une logique de stigmatisation et d’exclusion, sous couvert de « salubrité publique ».

Le Sénégal traverse une période de tensions accrues autour de la question de l’homosexualité, un sujet déjà lourd de tabous et de violences. L’ONG Jamra, connue pour ses prises de position radicales, a annoncé la publication prochaine d’une liste de 650 personnes présentées comme homosexuelles, avant de reporter cette diffusion sur conseil de son avocat, Me Seydou Diagne, actuellement à Paris. Cette initiative rappelle une démarche similaire en 1985, lorsque Jamra avait publié une liste de francs-maçons, qualifiant alors cette action de « salubrité publique ». Pourtant, dans un État de droit, la diffusion de listes nominatives, surtout lorsqu’elles ciblent des minorités vulnérables, pose un problème éthique et juridique majeur.

La sécurisation de Mame Makhtar Guèye par la BIP, unité d’élite habituellement réservée à la protection des hautes personnalités ou à des missions antiterroristes, envoie un signal troublant. En effet, cette mesure semble légitimer les actions de Jamra, alors même que l’ONG est régulièrement accusée d’attiser la haine et les divisions. Les propos tenus par ses dirigeants, ainsi que les appels à la dénonciation publique, ont déjà conduit à des arrestations arbitraires et à des violences contre des personnes présumées homosexuelles. Le report de la publication de la liste, présenté comme une marque de prudence, ne doit pas masquer la gravité de l’intention initiale : exposer des individus à des risques de persécution, en violation des droits fondamentaux.

Premièrement, la méthode de Jamra repose sur une logique de suspicion et de dénonciation, dangereuse dans une société déjà polarisée. Deuxièmement, l’ONG instrumentalise le débat public en se posant en garante de la morale, tout en refusant tout dialogue avec les associations de défense des droits humains. Enfin, le recours à la BIP, symbole de l’autorité de l’État, pour protéger un acteur controversé, risque de donner une caution officielle à des pratiques discriminatoires. Comment justifier que des ressources publiques soient mobilisées pour couvrir une initiative qui menace la cohésion sociale et la sécurité de centaines de personnes ?

Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres contextes où la publication de listes nominatives a conduit à des drames humains, comme en Ouganda ou en Russie, où des lois et des campagnes anti-LGBT+ ont légitimé la violence contre les minorités sexuelles. Au Sénégal, où l’homosexualité est déjà criminalisée, une telle démarche ne peut qu’aggraver les tensions et encourager l’impunité pour les actes de haine.

Si la sécurité des personnes est un impératif, elle ne doit pas servir de prétexte pour cautionner des dérives. L’État sénégalais a le devoir de protéger tous ses citoyens, y compris les plus vulnérables, et non de couvrir des initiatives qui menacent leur intégrité. La prudence invoquée par Jamra ne doit pas être confondue avec la responsabilité : il est urgent de rappeler que la dignité humaine prime sur toute considération idéologique. En tant que citoyen, je plaide pour un débat apaisé, fondé sur le respect des droits et la recherche de solutions inclusives, plutôt que sur la stigmatisation et la peur.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 18/02/202
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