Je ne peux rester indifférent face à la polémique entourant la création de la fondation « Sénégal Solidaire », portée par les deux épouses du président Bassirou Diomaye Faye. Si l’initiative se pare d’un noble objectif humanitaire, elle soulève des questions fondamentales sur la frontière entre engagement social et instrumentalisation politique. Je me permets d’exprimer ici mes réserves, fondées sur une analyse des faits et des précédents historiques.
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Suite de l’article : La fondation a été lancée le 8 avril 2026, avec pour projet phare un centre national de dépistage des cancers à Guédiawaye. Sur le papier, l’objectif est louable : répondre à un besoin criant de santé publique. Pourtant, l’implication directe des deux Premières dames, Marie Khone Faye et Absa Faye, dans la gouvernance de cette structure ne peut qu’interpeller. Comment ne pas voir là un revirement saisissant, quand on sait que le Premier ministre Ousmane Sonko, figure emblématique du parti au pouvoir, avait lui-même dénoncé, il y a peu, le mélange entre pouvoir et famille ? « La famille du président n’a pas été élue », rappelait-il avec force. Aujourd’hui, cette fondation semble incarner précisément ce contre quoi il mettait en garde.
L’argument avancé par les soutiens de la fondation — à savoir que les compétences académiques des Premières dames (toutes deux titulaires d’un Master 2) justifient leur engagement — ne suffit pas à lever les doutes. En effet, l’histoire récente du Sénégal nous enseigne que les fondations liées au cercle présidentiel peuvent rapidement devenir des outils de communication politique, voire des écrans à des financements opaques. La fondation « Servir le Sénégal », créée sous l’ère de l’ancienne Première dame Marieme Faye Sall, en est un exemple frappant : accusée de manque de transparence et de mélange des genres, elle avait fini par symboliser les dérives d’un pouvoir personnalisé.
Or, « Sénégal Solidaire » semble emprunter le même chemin. La députée Maïmouna Bousso a raison de souligner le risque de « fondations parallèles » échappant au contrôle public. Pourquoi créer une structure privée quand les ministères de la Santé ou de la Famille pourraient porter ces actions, avec une transparence et une redevabilité garanties ? La réponse est simple : une fondation privée permet une gestion discrétionnaire des fonds, loin des regards des institutions républicaines.
Premièrement, la légitimité démocratique est en jeu. Les épouses du président, aussi compétentes soient-elles, n’ont pas été élues. Leur implication dans des projets d’envergure nationale, sans mandat populaire, pose un problème de représentation.
Deuxièmement, le timing de cette initiative est pour le moins malencontreux. Alors que le pays traverse une crise politique majeure entre le président Faye et son Premier ministre Sonko, la création de cette fondation apparaît comme une manœuvre de diversion, voire de consolidation d’un pouvoir familial.
Enfin, l’absence de statuts clairs et de modalités de financement publiées renforce les soupçons. Comment s’assurer que les dons ne serviront pas à financer des réseaux d’influence ? Comment garantir que les fonds ne seront pas détournés vers des objectifs partisans ? Sans transparence, la confiance ne peut s’installer.
Ailleurs en Afrique, des exemples similaires ont montré les dangers de telles initiatives. En Côte d’Ivoire, la fondation de l’ancienne Première dame a été critiquée pour son manque de transparence et son rôle dans la polarisation politique. Au Gabon, les fondations familiales ont souvent servi de vitrine à des régimes autoritaires. Le Sénégal, qui se targue d’être une démocratie exemplaire, ne peut se permettre de reproduire ces schémas.
Je le répète : l’engagement social est noble, mais il doit s’inscrire dans un cadre républicain et transparent. La fondation « Sénégal Solidaire », telle qu’elle est présentée, risque de devenir un symbole des dérives que le pays avait pourtant promis de combattre. Plutôt que de créer des structures parallèles, le président Faye ferait mieux de renforcer les institutions existantes, sous le contrôle des citoyens et de leurs représentants élus.
En définitive, cette polémique révèle une vérité gênante : quand l’engagement social se mêle à la politique familiale, c’est la démocratie qui en pâtit. Le Sénégal mérite mieux que des initiatives qui, sous couvert d’humanisme, pourraient bien n’être que des instruments de pouvoir.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 28/04/2026
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