Mort d’une élue : L’APR réclame justice, mais la crédibilité vacille - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 02/03/2026 08:03:00

Mort d’une élue : L’APR réclame justice, mais la crédibilité vacille

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L’assassinat d’Aissatou Ba, 2e adjointe au maire de Kaffrine, a suscité une vague d’indignation légitime à travers le pays. L’Alliance Pour la République (APR), par la voix de son Secrétariat Exécutif Départemental, a rapidement réclamé justice, qualifiant cet acte d’« odieux et lâche » et exigeant que les auteurs et commanditaires soient identifiés et jugés. Pourtant, derrière cette posture moralisatrice, se cache une réalité bien plus complexe et troublante : celle d’un parti qui, tout en se drapant dans le deuil et la quête de justice, a lui-même contribué à entretenir un climat de violence et d’impunité au Sénégal, notamment dans des bastions comme Kaffrine.

Les circonstances de la mort d’Aissatou Ba sont édifiantes. Selon plusieurs sources, elle a été grièvement blessée lors d’affrontements entre militants du PASTEF et partisans du maire de Kaffrine, affilié à l’APR, le 31 octobre 2025. Ces violences, qui ont coûté la vie à une élue locale après des mois de coma, ne sont malheureusement pas un cas isolé. Kaffrine, comme d’autres régions du Sénégal, est régulièrement le théâtre de tensions politiques, souvent attisées par des rivalités partisanes et une culture de l’impunité qui perdure depuis des années. Les affrontements entre militants, les jets de projectiles, les agressions et les règlements de comptes sont devenus monnaie courante, notamment en période électorale ou lors de crises locales. L’APR, qui a longtemps été au pouvoir, ne peut feindre l’innocence : ses militants ont été impliqués à plusieurs reprises dans des actes de violence, que ce soit à Kaffrine ou ailleurs, et le parti a rarement condamné avec fermeté ces dérives parmi ses rangs.

L’APR se présente aujourd’hui comme le défenseur de la justice et de l’État de droit. Pourtant, son bilan en matière de respect des droits et de lutte contre l’impunité est loin d’être irréprochable. Pendant des années, sous la présidence de Macky Sall, des dizaines de victimes de violences politiques – souvent des militants de l’opposition ou des citoyens ordinaires – ont attendu en vain que justice leur soit rendue. Les enquêtes sur les morts survenues lors des manifestations de 2021 à 2024, par exemple, ont traîné en longueur, voire ont été enterrées, faute de volonté politique. Comment, dès lors, croire à la sincérité de son engagement pour la justice, alors que le parti a si souvent fermé les yeux sur les excès commis par ses propres partisans ?

Ce qui frappe dans la réaction de l’APR, c’est son manque flagrant de cohérence. Le parti qui réclame aujourd’hui une enquête rapide et transparente est le même qui, hier encore, a minimisé ou ignoré les appels à la justice pour d’autres victimes. La dissolution du PASTEF en 2023, les arrestations arbitraires, les violences policières répétées contre les manifestants, ou encore les lenteurs judiciaires pour les affaires impliquant ses propres membres, sont autant d’éléments qui jettent une ombre sur sa crédibilité. En exigeant justice pour Aissatou Ba, l’APR semble oublier qu’il a lui-même participé à la dégradation du climat politique, en alimentant les divisions et en tolérant, voire en encourageant, les comportements violents de ses militants.

La situation à Kaffrine rappelle d’autres cas de violences politiques au Sénégal, où des élus locaux ou des militants ont payé le prix fort pour leur engagement. À Dakar, Ziguinchor ou Mbour, les mêmes scénarios se répètent : des affrontements entre partisans de partis rivaux, des blessures graves, des morts, et une justice qui peine à établir les responsabilités. Dans la plupart de ces affaires, les victimes et leurs familles ont dû se battre seules pour obtenir réparation, face à un système judiciaire souvent lent et partial. L’APR, en réclamant aujourd’hui une exception pour Aissatou Ba, donne l’impression de vouloir instrumentaliser sa mort à des fins politiques, plutôt que de s’attaquer aux racines du mal : l’impunité et la banalisation de la violence.

Un parti qui a contribué à créer les conditions d’un tel climat ne peut pas, du jour au lendemain, se poser en champion de la morale publique. La crédibilité de l’APR serait bien plus forte s’il reconnaissait d’abord ses propres responsabilités dans la dégradation de la vie politique sénégalaise. Plutôt que de pointer du doigt les autres, il devrait commencer par faire le ménage dans ses propres rangs, condamner sans ambiguïté les violences commises par ses militants, et soutenir une réforme profonde de la justice pour que toutes les victimes – qu’elles soient de son camp ou de l’opposition – obtiennent réparation.

La mort d’Aissatou Ba est une tragédie qui doit nous interroger collectivement sur l’état de notre démocratie. Mais pour que la justice soit vraiment rendue, elle doit l’être pour tous, sans distinction de parti ou d’appartenance politique. L’APR a le droit de pleurer une des siennes et de demander des comptes. Mais il a aussi le devoir de reconnaître que sa posture actuelle sonne faux, tant qu’il n’aura pas rompu avec ses propres pratiques passées. La crédibilité d’un parti se mesure à sa capacité à être cohérent : on ne peut pas réclamer la justice pour une victime tout en ayant contribué, de près ou de loin, à un système où l’impunité règne. La vraie justice commence par la vérité et la responsabilité – deux valeurs que l’APR semble avoir oubliées en chemin.

En attendant, c’est à l’État, dans son ensemble, qu’il revient de garantir une enquête indépendante et transparente, afin que la lumière soit faite sur les circonstances de ce meurtre et que les coupables, quels qu’ils soient, répondent de leurs actes. Car au-delà des calculs politiques, c’est la dignité de toutes les victimes qui est en jeu.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 02/03/202
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