Financement des femmes : L’ombre du favoritisme politique - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Société | Par Eva | Publié le 12/04/2026 08:04:00

Financement des femmes : L’ombre du favoritisme politique

Le ministère de la Famille, de l’Action sociale et des Solidarités a publié, le 14 mars à Dakar lors de l’inauguration de la Maison de la Femme de Keur Massar, un communiqué démentant que le financement des projets portés par des groupements de femmes soit soumis à des critères politiques.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Suite de l’article : Le texte cite les mécanismes existants: le Fonds national de crédits aux femmes (FNCF) et le Fonds national pour la promotion de l’entrepreneuriat féminin (FNPEF). Le ministère affirme que ces soutiens sont attribués «sans aucune coloration politique».

La précision intervient après des remerciements publics adressés au maire Bilal Diatta lors de l’événement et soulève des interrogations sur les garanties de transparence offertes aux postulantes.

Les fonds mentionnés existent depuis plusieurs années et visent l’appui à l’autonomisation économique des femmes. À ce jour, aucune annonce officielle n’évoque la mise en place d’un audit public indépendant ni la publication systématique des listes de bénéficiaires et des critères détaillés d’éligibilité.

L’absence d’un audit public annoncé constitue un point factuel central pour évaluer les risques de clientélisme. Les mécanismes de financement publics fonctionnent souvent par attribution de subventions, crédits ou équipements, et lorsque la sélection manque de contrôle externe, des pratiques de favoritisme peuvent émerger sans traces faciles à vérifier. Le FNCF et le FNPEF sont des instruments institutionnels ciblant l’entrepreneuriat féminin, mais le communiqué ministériel ne précise pas la composition de comités d’évaluation accessibles au public ni la fréquence de contrôles indépendants.

Un deuxième élément factuel porte sur la transparence des procédures: la publication des appels à projets, des critères précis de sélection, et des rapports d’attribution permet de suivre le flux des aides. Or, selon le communiqué, l’accent est mis sur l’objectif d’inclusion et non sur la diffusion des documents administratifs. Sans cette diffusion, il devient difficile pour des tiers de vérifier si les soutiens sont distribués selon l’équité annoncée.

Les faits révèlent plusieurs conséquences mesurables lorsque le contrôle indépendant fait défaut. D’abord, la sélection opère derrière des décisions internes, ce qui réduit la possibilité d’un recours administratif efficace pour les groupements évincés. Ensuite, la confiance des donatrices, bailleurs et bénéficiaires tend à diminuer si les listes de projets financés ne sont pas rendues publiques. Enfin, l’efficacité sociale des fonds se trouve limitée si les aides ne sont pas évaluées par des audits externes permettant de mesurer l’impact réel sur l’emploi et le revenu des femmes.

Pour le public, le risque central résulte de l’absence de comités transparents et d’audits publics: sans publication régulière des bénéficiaires et sans comités composés d’experts indépendants, le financement public peut devenir un levier de clientélisme. Comparé à des dispositifs qui publient leurs appels et décisions, le modèle décrit dans le communiqué apparaît moins vérifiable. Comparé à des procédures évaluées par des audits externes, il offre moins de garanties pour les femmes les plus méritantes et les plus vulnérables.

Des éléments concrets renforcent ces observations: la pratique internationale montre que la publication des critères et des résultats réduit les litiges et favorise l’accès des groupes marginalisés. Des rapports d’évaluation externe permettent aussi d’ajuster les dispositifs, par exemple en corrigeant des biais sectoriels ou géographiques dans l’allocation des fonds.

Les informations délivrées par le ministère sont factuelles et les instruments existent pour soutenir les projets féminins, mais l’absence d’un audit public annoncé et le manque de comités transparents restent des faits observables. Ces lacunes augmentent la difficulté de vérifier les attributions et exposent le dispositif au risque d’utilisation en faveur d’intérêts particuliers plutôt que des bénéficiaires les plus concernés. La trajectoire future de ces fonds dépendra de la mise en œuvre de mesures de transparence vérifiables et régulièrement documentées.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Aissatou K.
Mis en ligne : 12/04/2026

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top