Kerem Shalom rouvert : Spectacle ou secours réel pour Gaza ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - International | Par Maimouna | Publié le 29/04/2026 04:04:30

Kerem Shalom rouvert : Spectacle ou secours réel pour Gaza ?

Le 3 mars, le COGAT, l’organisme du ministère israélien de la Défense chargé des affaires civiles palestiniennes, a annoncé la réouverture progressive du point de passage de Kerem Shalom vers la bande de Gaza. Le passage avait été fermé le 28 février au lendemain du lancement d’une campagne militaire israélo‑américaine contre l’Iran, selon les autorités, pour des raisons sécuritaires. L’objectif affiché est de permettre « l’entrée progressive de l’aide humanitaire ».

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Suite de l’article : Je dis non à la mise en scène. Cette réouverture ressemble moins à un geste de secours qu’à un rideau soulevé pour la photo, une concession calculée qui évite d’affronter la réalité: l’aide est insuffisante, lente, et les besoins restent massifs. J’ai vu trop de promesses officielles se fracasser contre les faits sur le terrain pour prendre cette annonce pour autre chose qu’un placebo politique.

Gaza connaît une crise humanitaire aiguë avec des pénuries de nourriture, d’eau potable et de soins médicaux, aggravées par des blocus et des opérations militaires récentes. Le maintien d’un flux d’aide régulier dépend de points de passage comme Kerem Shalom.

Je refuse la rhétorique rassurante qui accompagne souvent la réouverture de corridors humanitaires quand la logique est avant tout sécuritaire et politique. Ouvrir un point de passage quelques camions par jour, c’est promettre un hôpital et livrer une trousse de secours. C’est ce que je veux dénoncer: la différence entre spectacle et solution. Quand les autorités parlent d’« entrée progressive », il faut demander: progressive jusqu’à quand, et suffisante pour qui? Une famille qui n’a plus d’eau n’a que faire d’un calendrier politique.

Le premier élément du problème tient aux volumes. Les besoins estimés dépassent de loin ce que peuvent apporter quelques convois ponctuels. Les chiffres officiels des organisations humanitaires font état de centaines de milliers de personnes dépendantes d’une aide régulière. Comparer la capacité d’un point de passage ponctuellement ouvert à la demande réelle, c’est comparer une bouée jetée à la mer et un navire cargaison. La bouée fait beau en photo, le navire nourrit.

Le second élément est l’imprévisibilité. Fermer puis rouvrir un passage en fonction d’une « évaluation sécuritaire » transforme l’aide en monnaie d’échange, soumise aux aléas militaires et aux calculs diplomatiques. Les ONG et les équipes médicales ont besoin d’un accès constant pour planifier les approvisionnements et assurer des soins. On ne soigne pas des épidémies avec des horaires de bureau.

Je suis aussi frappé par le geste symbolique auquel répond visiblement cette annonce. Les gouvernements aiment les gestes qui coûtent peu mais donnent l’impression d’agir. C’est une pratique que je connais dans d’autres crises: ouvrir un corridor pendant une journée pour apaiser la pression médiatique, puis refermer quand l’attention se détourne. On retrouve cette mécanique dans les grandes conférences internationales qui promettent des millions puis livrent des engagements flous. Le résultat est le même: des populations laissées à l’abandon.

Primo, l’aide doit être quantitative et continue. Des livraisons sporadiques ne résolvent ni la malnutrition chronique ni le manque de médicaments vitaux. Secundo, l’accès humanitaire doit être garanti indépendamment des considérations militaires: les civils ne doivent pas devenir otages d’un calendrier de sécurité. Tertio, la transparence est impérative; il faut des inventaires publics des marchandises acheminées et des mécanismes de contrôle pour vérifier que l’aide atteint les personnes qui en ont besoin.

Des exemples parlent d’eux‑mêmes. J’ai entendu des responsables humanitaires décrire des convois bloqués pendant des jours, des médicaments périmés faute d’acheminement, des fermetures de corridors après des incidents ponctuels qui auraient pu être gérés autrement. Ces témoignages montrent une stratégie d’accès au compte‑gouttes, pas une volonté de résoudre la crise.

La réouverture de Kerem Shalom doit être lue comme un geste cosmétique si elle n’est pas suivie d’un plan concret: augmentation massive des envois, corridors sécurisés et permanents, autorisations claires pour les ONG et les équipes médicales. Sans ces éléments, on continuera à nettoyer l’image tout en laissant pourrir la situation humanitaire. Je considère que les autorités responsables portent une lourde part de responsabilité morale quand elles adaptent l’aide aux nécessités politiques plutôt qu’aux vies humaines.

Je maintiens ma critique: rouvrir Kerem Shalom sans garantir des volumes, une continuité et une indépendance de l’aide, c’est maquiller l’inaction. Les mots rassurants ne nourrissent pas les enfants, ils n’apaisent pas les blessés et ils n’empêchent pas les maladies de se propager. Je veux voir des chiffres, des corridors ouverts jour après jour et des mécanismes de contrôle qui empêchent que l’aide soit une simple mise en scène. Tant que ces conditions ne seront pas réunies, je resterai sceptique face aux annonces qui cherchent avant tout à calmer l’opinion publique.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 29/04/202
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