Afrique numérique : Nos téléphones, complices de l’espionnage commercial - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Economie | Par Maimouna | Publié le 21/04/2026 08:04:00

Afrique numérique : Nos téléphones, complices de l’espionnage commercial

Selon l’Union internationale des télécommunications, le taux de pénétration de la téléphonie mobile dépasse 80 % de la population en Afrique subsaharienne et les paiements mobiles ont représenté plus de 70 % du produit intérieur brut au Kenya en 2023. La Banque africaine de développement estime que moins de 1 % de la capacité mondiale de centres de données se situe aujourd’hui en Afrique. Ces faits posent un cadre tangible.

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Suite de l’article : Je suis inquiet: la collecte massive des données personnelles sur le continent se fait sans garde-fous réels et expose les citoyens à des violations de la vie privée et à des manipulations commerciales. Les promesses de croissance cachent une réalité plus sombre, que je vais démontrer.

La diffusion rapide du mobile et du mobile money crée des traces numériques massives qui sont souvent stockées ou traitées hors du continent, limitant les retombées économiques locales et la maîtrise des informations.

La première menace est la banalisation de la surveillance commerciale. Quand des plateformes de paiement et des opérateurs téléphoniques recueillent les habitudes d’achat, les déplacements et les relations sociales, ces données deviennent des outils de profilage publicitaire sans transparence. Je constate que les consommateurs africains n’ont ni information claire sur l’usage de leurs données ni moyens simples de s’opposer à un traitement intrusif. La faiblesse des infrastructures locales accentue ce déséquilibre: données hébergées à l’étranger signifient juridictions étrangères, contrats opaques et recours judiciaires difficiles pour un citoyen ordinaire.

La seconde menace touche la vie privée et la sécurité civique. Des registres numériques et le suivi des paiements peuvent améliorer la fiscalité, mais ils peuvent aussi servir à contrôler les opposants, discriminer des groupes ou exclure des populations du service public. J’observe un risque concret lorsque l’identification numérique devient condition d’accès à des aides sociales ou à des services bancaires: l’erreur de données se transforme alors en exclusion durable. La protection légale demeure souvent théorique; les lois qui existent sont mal appliquées et les autorités de contrôle manquent d’indépendance et de ressources.

La troisième menace est économique et relationnelle. Les géants technologiques et les fournisseurs de cloud captent la valeur créée par les données, laissant peu de bénéfices aux économies locales. À l’image d’une relation inégale, l’Afrique alimente des modèles d’affaires qui profitent surtout aux plateformes étrangères. Comparé à la production agricole qui crée de l’emploi local, l’extraction de données génère peu d’emplois qualifiés sur place. Comparé à l’industrie manufacturière qui transforme une matière première en valeur ajoutée, la donnée exportée reste une ressource sans transformation locale suffisante.

Je soutiens que sans contrôles effectifs, la collecte massive de données produit davantage de préjudices que d’avantages pour les citoyens. Les preuves sont visibles: faible capacité de centres de données, lois incomplètes, autorités fragiles. Les solutions techniques seules ne suffiront pas; il faut redéfinir les rapports de force entre plateformes et utilisateurs et créer des mécanismes de recours accessibles. L’analogie avec la privatisation des services publics est utile: confier des informations sensibles à des acteurs privés sans transparence revient à céder une souveraineté fondamentale.

Des initiatives existent, comme des investissements dans des data centers au Nigeria, au Kenya et en Afrique du Sud, et des lois sur la protection des données adoptées dans plusieurs pays. Hélas, ces mesures restent éparses et lentes; les capacités de traitement, la formation de spécialistes en science des données et le financement des autorités de régulation restent insuffisants pour protéger les droits individuels face aux logiques commerciales.

Je refuse l’idée que les données doivent être exploitées massivement sans contreparties solides pour les citoyens. La collecte à grande échelle, quand elle n’est pas encadrée par des protections effectives et des recours réalistes, fragilise la vie privée, facilite les manipulations commerciales et creuse les inégalités économiques. Il ne s’agit pas de rejeter la technologie, mais d’exiger que la valeur des données bénéficie aux populations et que les droits fondamentaux ne deviennent pas la monnaie d’échange du développement numérique. Mes inquiétudes restent vives tant que les garanties pratiques ne suivront pas.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 21/04/202
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