À Dakar, lors d’une journée de réflexion organisée par l’Association des Professionnels de l’Information et du Genre (APIG) en partenariat avec ONU Femmes et la Direction de l’Équité et de l’Égalité de Genre (DEEG), des acteurs du secteur ont demandé aux médias de transformer les données de l’ANSD en récits humains.
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Suite de l’article : Les chiffres présentés montrent que 31,9 % des femmes déclarent avoir subi une forme de violence et que 70 % des femmes mariées en ont été exposées depuis leur premier mariage.
Les médias restent complices d’un silence qui tue et d’une représentation qui rabaisse. Ils banalisaient les violences, minimisaient l’expertise féminine et préféraient le sensationnel aux enquêtes sérieuses. Cette attitude n’est pas neutre: elle façonne l’opinion, influence les politiques et protège l’impunité.
Les interventions d’expertes comme Ndeye Fatou Cissé ont souligné l’écart entre les lois ratifiées et l’accès réel à la justice pour les femmes. L’appel principal était de faire sortir les statistiques des rapports techniques pour les rendre visibles publiquement.
Les médias sénégalais, pris collectivement, portent une responsabilité active dans la perpétuation des inégalités de genre. Plutôt que d’éclairer, une part importante de la presse réduit les femmes à des clichés attendus: la mère sacrifiée, la victime émotionnelle, la présence décorative dans les débats. Cette réduction s’observe dans la mesure de l’espace médiatique occupé par les femmes et dans le choix des intervenants: 13 % d’espace pour des femmes et 27 % d’expertes lors des reportages sanitaires sont des chiffres qui parlent d’eux-mêmes. Quand l’expertise féminine est absentée, la construction de l’actualité se prive de perspectives fondamentales sur la santé, l’économie et la justice.
Le traitement des violences sexuelles illustre une dérive plus dangereuse encore. Les rédactions transforment des crimes en faits divers: on s’attarde sur la tenue d’une victime, sur les querelles familiales ou sur la supposée moralité de la victime, au lieu d’enquêter sur l’auteur, sur le contexte et sur les défaillances judiciaires. Cette approche reproduit un jugement social qui renvoie la faute à la victime et désarme la société. Une comparaison s’impose: un crime jugé dans une salle d’audience exige des preuves et une procédure, alors qu’à la radio et à la télévision le récit se contente souvent d’éléments sensationnels, sans vérification approfondie.
Les médias contribuent aussi à l’effacement des femmes dans l’économie et la gouvernance. Les reportages qui abordent l’agriculture parlent rarement des femmes agricultrices propriétaires; on célèbre le rendement sans interroger la répartition des terres, comme si la statistique de production ne méritait pas d’interroger la propriété. Autre comparaison: le traitement des questions économiques féminines ressemble parfois à la couverture d’événements festifs plutôt qu’à une analyse de pouvoir et de ressources.
L’argument selon lequel les médias reflètent la société ne suffit pas. Les entreprises médiatiques disposent d’un pouvoir d’agenda: elles sélectionnent les faits, mettent en scène les priorités et légitiment certaines voix. En ignorant la dimension structurelle des violences, en occultant l’accès entravé à la justice et en marginalisant les expertes, les rédactions participent à la normalisation de comportements qui devraient être combattus.
Les conséquences sont concrètes. Quand la peur et la honte remplissent l’espace public, les survivantes n’osent pas témoigner, les enquêtes sont lacunaires et les décideurs peuvent fermer les yeux. Les lois existent mais sans une presse exigeante elles restent lettres mortes. La citation de Ndeye Fatou Cissé rappelle ce décalage: « Les lois existent, mais l’accès à la justice reste encore très inégal pour les femmes. » Cette phrase n’est pas une plainte abstraite; elle désigne un échec médiatique et institutionnel que la société paye en vies brisées.
Les chiffres montrent un paysage déséquilibré: 70 % de femmes mariées exposées à la violence, 92,9 % d’activité féminine dans l’informel, seulement 11 % d’exploitations agricoles dirigées par des femmes. Ces données demandent une mise en récit exigeante et engagée, pas des titres qui divertissent. Les rédactions disposent d’outils: enquêtes longues, reportages participatifs et appels aux expertes. Refuser ces démarches équivaut à fermer la porte à la justice.
Les médias ne sont pas de simples miroirs: ils sont des acteurs qui peuvent protéger ou exposer, invisibiliser ou amplifier. Aujourd’hui, ils ont choisi trop souvent la complaisance et le récit facile, réduisant les femmes à des stéréotypes et transformant des crimes en nouvelles de comptoir. Cette posture nourrit l’impunité et affaiblit la démocratie. Un rééquilibrage exige plus de rigueur journalistique, davantage d’expertes devant les caméras et une enquête soutenue sur les mécanismes qui maintiennent les violences. Sans cela, les chiffres continueront d’être des cadavres froids que personne ne veut vraiment interroger.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 09/04/2026
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