Je me permets de revenir sur la récente rencontre à la Résidence de l’Ambassade de France à Dakar, où des diplomates français et d’anciens Lions du Sénégal ont évoqué, entre autres, le match historique de 2002 et les perspectives de la Coupe du monde 2026.
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Suite de l’article : Un cadre a priori propice à des échanges constructifs, si ce n’est l’intervention de Guy Marius Sagna, qui a choisi de transformer cette occasion en tribune militante. Je ne peux m’empêcher de regretter qu’une telle posture, aussi engagée soit-elle, ait pu nuire à la qualité du dialogue.
Le sport, et le football en particulier, a toujours été un vecteur de diplomatie et de soft power. Les rencontres entre nations, surtout lorsqu’elles s’inscrivent dans l’histoire commune – comme ce match Sénégal-France de 2002 – sont des moments où le symbole dépasse souvent la simple compétition. Dans ce cas précis, la présence de la Fédération Sénégalaise de Football (FSF) et de diplomates français soulignait l’importance d’un dialogue apaisé, surtout dans un contexte où les relations entre anciennes colonies et puissances coloniales restent sensibles. Le sommet Africa Forward, abordé lors de cette rencontre, vise justement à promouvoir la coopération internationale, la jeunesse et l’investissement en Afrique. Des enjeux trop sérieux pour être réduits à une joute politique.
Dans une publication virulente, le député a dénoncé l’utilisation de l’équipe nationale sénégalaise par l’ambassade de France pour des « objectifs néocoloniaux ». Si je partage la vigilance face à toute instrumentalisation politique du sport, je m’interroge sur la méthode. Accuser publiquement, sans nuance, une ambassade d’agir en « néocolonialiste » dans un cadre diplomatique, c’est risquer de braquer des interlocuteurs potentiels plutôt que de les convaincre. Le sport, rappelons-le, a souvent servi de pont entre les nations, même en période de tensions. En choisissant un ton frontal, Guy Marius Sagna a peut-être satisfait une base militante, mais il a aussi fermées des portes.
Premièrement, la diplomatie sportive repose sur la subtile alchimie entre fermeté et ouverture. Des exemples comme la « diplomatie du ping-pong » entre les États-Unis et la Chine en 1971 montrent que le sport peut désamorcer des tensions là où les canaux traditionnels échouent. En Afrique, la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) a souvent permis de transcender les clivages politiques pour promouvoir l’unité continentale. Pourquoi donc adopter une posture qui, au lieu de rassembler, divise ?
Deuxièmement, l’efficacité d’un message dépend aussi de sa réception. En s’adressant à des diplomates et à des légendes du football sénégalais, Guy Marius Sagna avait une opportunité unique de faire entendre ses préoccupations avec élégance. Or, un ton accusateur, surtout dans un cadre aussi symbolique, peut donner l’impression d’un refus de dialogue plutôt que d’une volonté de le faire avancer. La fermeté n’exclut pas la courtoisie, surtout quand il s’agit de défendre des valeurs aussi nobles que la souveraineté et la dignité nationale.
Ailleurs en Afrique, des figures politiques ont su allier engagement et diplomatie. Nelson Mandela, par exemple, a utilisé le sport – notamment la Coupe du monde de rugby de 1995 – pour unifier une nation divisée, sans jamais tomber dans la confrontation systématique. Le Sénégal, avec son histoire et son rayonnement, mérite la même hauteur de vue. Les tensions avec d’anciennes puissances coloniales sont réelles, mais elles se règlent rarement par des déclarations clivantes. La France elle-même, souvent critiquée pour son héritage colonial, a su, à travers des initiatives sportives, construire des ponts avec l’Afrique.
Je ne remets pas en cause l’engagement de Guy Marius Sagna ni la légitimité de ses inquiétudes. Mais je crois fermement que la manière compte autant que le fond. Dans un monde où les relations internationales sont déjà suffisamment tendues, le Sénégal a tout à gagner à cultiver un dialogue apaisé, surtout quand il s’agit de sujets aussi sensibles que le néocolonialisme ou l’utilisation symbolique du sport.
La vraie force ne réside pas dans l’accusation, mais dans la capacité à faire entendre sa voix sans fermer la porte à l’échange. Et c’est là, à mon sens, que réside la limite de l’intervention du député : une occasion manquée de montrer que l’on peut être à la fois ferme dans ses principes et ouvert au dialogue.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 21/05/2026
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