Il y a des procès qui ne sont que des mascarades, des tentatives tardives pour apaiser une conscience collective coupable. Celui qui s’ouvre aujourd’hui en Argentine, dix mois après l’annulation d’un premier procès entaché par un scandale judiciaire, en est un exemple frappant.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : Diego Maradona, idole absolue, génie du football, est mort dans l’indifférence générale le 25 novembre 2020. Pourtant, ce n’est pas seulement sa disparition qui doit nous interroger, mais la manière dont une société toute entière a préféré fermer les yeux sur son déclin, jusqu’à ce qu’il soit trop tard.
Je ne crois pas à la sincérité de cette justice tardive. Je vois surtout l’hypocrisie d’un pays qui a encensé Maradona de son vivant, mais qui l’a abandonné quand il avait le plus besoin d’aide. Ce procès, c’est l’Argentine qui se juge elle-même – et qui tente de se donner bonne conscience en punissant quelques boucs émissaires, tandis que la responsabilité collective reste intacte.
Diego Maradona n’est pas mort seulement d’une crise cardiorespiratoire le 25 novembre 2020. Il est mort de l’indifférence collective. Les rapports médicaux sont accablants : « abandonné à son sort », « traitement inadéquat, déficient et imprudent », « période d’agonie prolongée ». Après une opération pour un hématome à la tête, il aurait dû être suivi en milieu hospitalier adapté. À la place, il a été laissé dans une maison privée, sans oxygène, sans moniteur cardiaque, sans soins dignes de ce nom. L’équipe médicale, aujourd’hui jugée pour « homicide avec dol éventuel », a préféré ignorer les alarmes, laissant Maradona agoniser pendant au moins douze heures avant qu’on ne découvre son corps.
Pourtant, Maradona n’était pas un inconnu. C’était une légende vivante, un symbole national. Mais l’Argentine, comme souvent, a préféré le mythe à l’homme. Ses addictions, ses excès, ses appels à l’aide répétés ont été tolérés, minimisés, voire encouragés par un entourage plus préoccupé par l’image que par la santé de l’intéressé. Quand il avait besoin de soins, on lui a offert des caméras. Quand il avait besoin de protection, on l’a exposé.
Ce qui frappe dans cette affaire, c’est la répétition des mêmes schémas. Maradona n’est pas le premier héros à être abandonné par ceux qui l’ont porté au pinacle. L’Histoire regorge d’exemples de figures idolâtrées puis laissées à leur sort une fois qu’elles ne servent plus l’image collective : des artistes, des sportifs, des militants, tous usés par la gloire avant d’être oubliés.
En Argentine, le culte de Maradona a toujours été plus fort que la préoccupation pour sa santé. On a préféré voir en lui un dieu du football plutôt qu’un homme fragile. Ses hospitalisations répétées, ses overdoses, ses appels désespérés n’ont jamais suffi à déclencher une prise de conscience collective. Au contraire, chaque crise était suivie d’un retour triomphal, comme si le public avait besoin de croire à l’invincibilité de son idole, quitte à fermer les yeux sur sa détresse.
Le procès actuel ne change rien à cette logique. Il est trop tard pour Maradona. Trop tard pour les soins qu’on ne lui a pas donnés, trop tard pour les alertes qu’on n’a pas entendues. Ce procès, c’est la société argentine qui se juge elle-même, et qui tente de se donner bonne conscience en punissant quelques boucs émissaires, tandis que la responsabilité collective reste intacte.
Les experts sont formels : Maradona a été « abandonné à son sort » par une équipe médicale incompétente et négligente. Le choix d’une hospitalisation à domicile, sans équipement adapté, relève de l’improvisation criminelle. Comment expliquer qu’un homme aussi connu, aussi fragile, ait pu être laissé sans surveillance médicale sérieuse ?
Maradona était entouré, mais jamais protégé. Ses proches, ses médecins, ses amis ont tous fermé les yeux sur son état, préférant profiter de sa légende plutôt que de le sauver. Quand il est mort, on a pleuré le « D10S ». Mais où étaient-ils quand il avait besoin d’aide ?
Le premier procès a été annulé à cause d’une juge qui préparait un documentaire en secret. Ce détail en dit long : en Argentine, même la justice préfère le spectacle à la vérité. Maradona a été une victime de cette culture, où l’image prime sur la réalité, où le mythe compte plus que l’homme.
L’histoire de Maradona rappelle celle d’autres icônes brisées par leur gloire. Pensons à Michael Jackson, idolâtré puis exploité jusqu’à l’épuisement, ou à Amy Winehouse, dont les excès ont été romanticisés jusqu’à sa mort. Dans tous les cas, le schéma est le même : une société qui encense, qui consomme, qui s’émeut, mais qui ne protège pas. Les héros sont des produits, pas des êtres humains. Quand ils ne sont plus rentables, on les oublie.
En Argentine, cette logique est encore plus cruelle. Maradona était plus qu’un footballeur : il était un symbole de résistance, de rébellion, de fierté nationale. Mais les symboles, on les vénère, on ne les soigne pas.
Ce deuxième procès ne rendra pas justice à Maradona. Il ne lui rendra pas sa santé, ni les années de souffrance évitable qu’il a endurées. Il ne réparera pas l’abandon d’un homme que tout le monde aimait, mais que personne n’a su protéger.
Je ne crois pas à la sincérité de ce procès. Je vois surtout une société qui tente de se dédouaner, de punir quelques responsables pour mieux oublier sa propre culpabilité. Maradona est mort parce qu’on l’a laissé mourir. Parce qu’on a préféré le mythe à l’homme, l’image à la réalité.
L’Argentine pleure son dieu. Mais où était-elle quand il avait besoin d’elle ?
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Mariama D.
Mis en ligne : 29/04/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





