Le président Diomaye Faye a lancé ce week-end une opération de massification de sa coalition Diomaye Président dans la région de Saint-Louis, au Sénégal, tandis qu’une proposition de loi déposée par les députés de Pastef vise à rétablir Ousmane Sonko avant la présidentielle de 2029. Les actions ont lieu en 2026 et répondent aux enjeux politiques de préparation des prochaines échéances électorales.
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Suite de l’article : Je m’alarme. Voir la loi brandie comme un instrument pour assurer le retour d’un leader et la construction d’une machine électorale simultanée par le pouvoir ressemble moins à de la politique qu’à un marchandage institutionnel. Le terrain se polarise, la jurisprudence menace de devenir flexible au gré des majorités, et la République risque de payer le prix d’un déficit de règles.
La manœuvre législative intervient alors que Pastef dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale et que le chef de l’État organise sa base à Saint-Louis pour consolider l’appareil en vue de 2029.
Je refuse l’idée que la loi puisse être utilisée comme un simple outil de rééquilibrage partisan. Rétablir une personne dans ses droits doit obéir à des principes juridiques et non à des calculs électoraux. Quand le droit devient variable selon l’intérêt du moment, il cesse d’être une barrière contre l’arbitraire et devient une arme politique. On entre alors dans une logique où la Constitution et les lois secondaires se plient aux besoins tactiques des forces en présence, et l’on ouvre la porte à des pratiques qui sapent la confiance citoyenne.
La manipulation juridique a des effets concrets. Elle encourage les acteurs politiques à investir le Parlement non pour débattre d’intérêt général mais pour obtenir des dérogations personnalisées. Elle normalise la jurisprudence opportuniste et prépare un terrain où demain un autre groupe utilisera la loi pour annuler des condamnations, protéger des alliés ou légitimer des pratiques douteuses. Ce précédent risque de s’installer durablement et de fragiliser l’autorité neutre de la justice.
D’abord, l’indépendance de la justice devient illusoire si l’on admet que les trajectoires judiciaires peuvent être redessinées par des majorités parlementaires. Les citoyens perdent alors un repère fondamental: l’égalité devant la loi. Ensuite, la légitimité électorale elle-même se trouve contaminée. Si l’on restaure un candidat par une loi votée par ses partisans, quel crédit porter à sa candidature aux yeux des électeurs qui attendent des règles équitables? Enfin, le signal envoyé aux institutions internationales et aux investisseurs est mauvais: un État qui politise ses lois risque de perdre du crédit et de la stabilité.
C’est comme si l’on changeait la règle du jeu au cours d’un match pour avantager la même équipe qui tient le sifflet. C’est aussi comparable à une assurance donnée par le Parlement à des acteurs politiques, assurance qui substitue l’accord politique à la décision judiciaire.
L’exigence républicaine commande que la restauration des droits d’une personne passe par des procédures transparentes et juridiquement fondées, et non par un texte ad hoc sculpté en fonction d’un nom. Il faut craindre que ce recours à la loi joue le rôle d’un precedent dangereux, où la séparation des pouvoirs s’affaisse au profit d’un bipartisme de vertu variable. Quand la loi devient un instrument de compensation électorale, la règle légalement posée perd sa dignité et la démocratie se mutualise en troc d’influences.
Les États qui ont autorisé des aménités législatives pour des individus ont vu leur système institutionnel s’affaiblir et leur opinion publique devenir méfiante. Des données comparatives montrent que la confiance dans la justice chute dès lors que le Parlement apparaît comme un sanctuaire pour ajustements personnels. Ici, le contexte sénégalais n’est pas isolé, mais la proximité temporelle entre la proposition de loi et l’effort de massification politique alerte fortement sur l’intention plus que sur le droit.
Je n’ai pas d’illusion sur la combativité des camps en présence, mais je refuse que la loi serve d’instrument de reprise ou de revanche. L’État de droit ne doit pas être l’otage des majorités fluctuantes.
Rétablir une personne dans ses droits par une loi votée à chaud pour des motifs politiques revient à déshabiller la République de ses principes. La manœuvre législative risque d’installer un précédent corrosif pour l’indépendance judiciaire, la confiance citoyenne et la lisibilité des règles électorales. Si l’on tient à la démocratie, il faut exiger des procédures claires, des débats publics éclairés et le respect des principes juridiques avant tout. Sans cela, la politique se transformera en braderie des normes, et la République sortira perdante.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 01/05/2026
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