ONU : Peut-on diriger le monde sans convaincre son propre pays ? - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 26/04/2026 12:04:00

ONU : Peut-on diriger le monde sans convaincre son propre pays ?

Macky Sall, ancien président du Sénégal, a déposé sa candidature au poste de secrétaire général des Nations unies. Quarante et un pays africains ont annoncé leur soutien, dont le Rwanda, l’Éthiopie, la Tanzanie et l’Ouganda, tandis que le Sénégal n’apporte pas son appui officiel et une vingtaine d’États de l’Union africaine ont rejeté sa candidature. Ces éléments dressent le cadre factuel de la candidature.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »

Suite de l’article : La réalité politique dépasse les annonces flatteuses. Que le candidat dispose d’un réseau continental est indéniable, mais l’absence d’adhésion de son propre pays pose une question plus lourde que la géopolitique: celle de la reddition de comptes et de la responsabilité. Pour un poste dont la légitimité repose sur la confiance globale et sur la capacité à représenter l’ensemble des États, ce désaveu national fragilise le récit même de l’autorité espérée.

La dynamique de soutien a évolué récemment avec l’ajout de quatre États africains, mais le retrait implicite du Sénégal laisse un vide symbolique et pratique dans la trajectoire du candidat avant l’audition devant le conseil d’examen.

Le rôle de secrétaire général exige plus qu’une popularité diplomatique; il réclame un bilan de gouvernance transparent et une capacité à rendre compte aux citoyens et aux institutions. Quand l’État d’origine refuse d’endosser officiellement son ancien dirigeant, cela envoie un signal quant au climat politique interne et au rapport du candidat avec la responsabilité publique. La question n’est pas seulement juridique: elle est morale et institutionnelle. Un dirigeant qui, chez lui, ne suscite pas la confiance formelle des structures républicaines et de la société civile soulève des doutes sur sa propension à faire rendre des comptes aux autres États membres.

Le manque de soutien sénégalais évoque un désaccord sur l’évaluation du mandat précédent du candidat. Les critiques qui ont animé l’espace public national — concernant la gestion des institutions, la transparence financière ou le respect des procédures démocratiques — ne restent pas sans conséquences à l’échelle internationale. Un Secrétaire général doit incarner l’impartialité et la capacité à exiger des États qu’ils respectent les normes qu’il incarne. Si son propre État hésite à le porter, comment exiger des gouvernements plus réticents qu’ils rendront des comptes?

D’abord, la crédibilité institutionnelle dépend d’une cohérence entre la trajectoire personnelle et l’aval national. Un candidat appuyé par l’ensemble de ses institutions offre une garantie de stabilité et de continuité. Ici, l’absence de ce lien affaiblit la posture morale du postulant. Ensuite, la reddition de comptes repose sur la transparence des actes passés; or, l’opacité qui entoure certaines décisions de l’ancien exécutif sénégalais a alimenté les réserves. Il ne s’agit pas d’une mise en accusation judiciaire, mais d’un manque d’éclaircissements publics qui mine la confiance. Enfin, sur le plan pratique, le Secrétaire général sollicite la coopération des États pour des missions sensibles; les partenaires hésiteront si le candidat apparaît contesté chez lui.

La candidature présentée comme un atout africain doit être lue à l’aune du dossier national. Le déficit de reddition de comptes et de responsabilité, illustré par l’absence d’appui sénégalais, constitue une faiblesse structurelle et symbolique. Comparé à des précédents où des candidats jouissaient du soutien plein et entier de leur pays, la situation actuelle ressemble davantage à une campagne conduite depuis l’extérieur, avec le risque que la légitimité soit perçue comme imposée par des alliances plutôt que gagnée par un bilan reconnu. Par comparaison, un candidat qui bénéficie d’un consensus national arrive avec des munitions pour imposer des réformes; ici, ces munitions semblent partiellement vides.

Les auditions à l’ONU privilegient l’examen du leadership, de l’indépendance et de l’éthique. Les délégations interrogeront sans doute la relation du candidat avec les institutions sénégalaises, la gestion des dossiers publics pendant son mandat et les réponses apportées aux critiques. Des exemples concrets existent: questions sur la gouvernance des marchés publics durant son mandat et sur la transparence des missions internationales. Ces sujets alimenteront la perception extérieure et pèseront lors des votes. À l’heure où la société civile africaine réclame davantage de redevabilité, la candidature sans soutien national sonne comme un contre-exemple et risque d’affaiblir l’autorité morale nécessaire au siège.

Le soutien de quarante et un pays africains peut impressionner, mais il ne remplace pas la légitimité conférée par l’État d’origine. L’absence d’appui du Sénégal met au jour un déficit de reddition de comptes et de responsabilité qui fragilise la confiance dans la capacité du candidat à diriger l’ONU. Le poste exige une stature qui transcende les jeux d’alliances; il réclame une assise éthique et institutionnelle solide. Tant que ces interrogations nationales resteront en suspens, la candidature restera compromise sur le plan moral et pragmatique, et les États membres devront en tenir compte avant d’accorder leur approbation.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 26/04/202
6

La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.


Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Réagir à cet article

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

0 commentaires

Copyright © 2023 www.notrecontinent.com

To Top