L’article publié ce 4 juin 2026 par RFI et repris par plusieurs médias sénégalais révèle une fissure croissante au sommet de l’État. Ousmane Sonko y évoque des « divergences de fond » avec le président Bassirou Diomaye Faye, notamment sur la reddition des comptes et la gestion de la dette publique, tandis qu’Aminata Touré tente, en vain, d’éteindre l’incendie.
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Suite de l’article : Je ne peux m’empêcher de voir dans cette situation le symptôme d’une erreur politique majeure : l’intégration d’une figure aussi clivante qu’Aminata Touré dans un dispositif qui aurait dû, au contraire, incarner la cohésion. À mes yeux, cette décision, loin d’apaiser les tensions, ne fait que les exacerber.
Le Sénégal traverse une période charnière, marquée par des attentes immenses en matière de transparence et de justice. Après des années de gestion opaque et de promesses non tenues, les citoyens réclament des comptes. Pourtant, au lieu de rassembler, le duo Sonko-Diomaye semble s’éloigner, comme en témoignent leurs désaccords publics. Dans ce contexte, l’arrivée d’Aminata Touré, ancienne Première ministre et figure controversée, ne peut que raviver les méfiances.
Son parcours, aussi impressionnant soit-il, est jalonné de positions changeantes et de retournements politiques. Déchue de son mandat de députée en 2023 pour avoir quitté son parti, arrêtée en 2024 lors d’une manifestation de l’opposition, elle incarne, pour beaucoup, l’opportunisme plutôt que la stabilité. Son rôle actuel de haute-représentante du président Faye est perçu comme un coup de poker : un choix risqué qui, au lieu de federer, divise davantage.
L’article révèle deux points de friction majeurs. D’abord, la reddition des comptes : Sonko craint que Diomaye Faye n’adopte une approche « moins offensive » sur les dossiers de gestion publique. Aminata Touré, elle, martèle que « la reddition des comptes ne doit pas devenir un règlement de comptes ». Une nuance sémantique qui, en réalité, masque une divergence profonde. Comment concilier la volonté de transparence radicale portée par une partie de l’opinion et le pragmatisme affiché par l’exécutif ?
Ensuite, la dette publique et les relations avec le FMI. Sonko défend une ligne idéologique, tandis que le gouvernement privilégie le « reprofilage » de la dette, un euphémisme pour éviter le terme tabou de « restructuration ». Pourtant, l’histoire nous rappelle que les Programmes d’Ajustement Structurel (PAS) des années 80 ont laissé des cicatrices profondes : réduction des programmes sociaux, licenciements massifs, et une pauvreté aggravée. Le Sénégal ne peut se permettre de répéter ces erreurs.
Je ne remet pas en cause les compétences d’Aminata Touré. Mais son intégration dans le dispositif présidentiel est, à mes yeux, une erreur stratégique. Voici pourquoi :
Son passé politique, marqué par des alliances changeantes (de Macky Sall à l’opposition, puis à Diomaye Faye), alimente la méfiance. Les alliés historiques de Faye, comme le PASTEF, voient d’un mauvais œil cette recomposition de la coalition, élargie à 213 partis et mouvements, mais sans eux.
Alors que Sonko et Diomaye Faye devraient incarner l’unité, leurs divergences publiques sur des sujets aussi sensibles que la reddition des comptes et la dette envoient un signal de division. Aminata Touré, en tentant de jouer les pompiers, ne fait que confirmer l’impression d’un pouvoir désuni.
Son intervention sur RFI, où elle distingue « reddition des comptes » et « règlement de comptes », sonne comme une tentative de minimiser les attentes. Pourtant, pour une grande partie de la population, ces deux notions sont indissociables. Le peuple sénégalais ne veut plus de demi-mesures.
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres contextes africains où des figures controversées ont été intégrées dans des gouvernements de coalition, souvent au prix de la cohésion nationale. Au Kenya, en 2008, la coalition entre Mwai Kibaki et Raila Odinga, après des violences post-électorales, avait montré les limites d’une union forcée. Au Sénégal, aujourd’hui, on a l’impression que l’histoire se répète : l’unité sacrifie la crédibilité.
Le Sénégal mérite mieux que des calculs politiques qui finissent par affaiblir la confiance dans ses dirigeants. L’intégration d’Aminata Touré, loin de stabiliser le pouvoir, accentue les fractures. Je suis convaincu que la priorité devrait être de réconcilier les visions de Sonko et Diomaye Faye, plutôt que de les noyer sous des discours lénifiants.
La reddition des comptes doit être exemplaire, et la gestion de la dette, transparente. Sinon, le risque est grand de voir le Sénégal s’enliser dans des divisions stériles, alors que le pays a tant besoin d’unité pour relever les défis qui l’attendent. L’erreur n’est pas d’avoir des divergences, mais de les gérer avec légèreté. Et sur ce point, le choix d’Aminata Touré est, hélas, un symbole de cette légèreté.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/06/2026
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