Retour de Macky Sall à Dakar : Un pari politique risqué - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Emmanuel | Publié le 20/07/2026 12:07:00

Retour de Macky Sall à Dakar : Un pari politique risqué

L’information a de quoi laisser pantois : le Sénégal pourrait officiellement soutenir la candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’ONU.

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Suite de l’article : Selon des sources diplomatiques, une médiation discrète, menée par le président bissau-guinéen Umaro Sissoco Embaló, aurait même préparé le terrain pour un retour triomphal de l’ex-chef de l’État à Dakar et à Banjul. On nous vend là une Realpolitik audacieuse, une réconciliation nationale exemplaire. Permettez-moi de douter. Ce n’est qu’une illusion, un coup de poker diplomatique qui ignore l’histoire récente du Sénégal.

Macky Sall a laissé derrière lui un Sénégal divisé, exsangue, et surtout, en colère. Son second mandat a été marqué par une crise politique sans précédent : report controversé de l’élection présidentielle de 2024, répression violente des manifestations (des dizaines de morts, des centaines d’arrestations), et une défiance généralisée envers les institutions.

Les Sénégalais se souviennent des gaz lacrymogènes, des balles en caoutchouc, et surtout, de cette impression tenace que leur voix ne comptait plus. Le pays a reculé de 12 places dans le classement mondial de l’Indice de développement humain sous son ère. Alors, comment croire que ce même homme pourrait incarner les valeurs de l’ONU – paix, droits humains, démocratie – alors qu’il a si souvent piétiné celles de son propre peuple ?

L’article évoque une « décrispation totale au sommet » et un « intérêt supérieur de la nation ». Pourtant, la réalité est bien différente. Dakar a déjà démenti toute implication dans cette candidature, et une vingtaine d’États africains ont bloqué la procédure à l’Union africaine. Même le Nigeria, puissance régionale, a qualifié la démarche de « procedurally incorrect ». Pire : des collectifs de victimes, comme celui dirigé par Boubacar Sène, ont exprimé une opposition catégorique, invoquant des « inquiétudes sérieuses sur le respect des valeurs fondamentales » de l’ONU. Comment un pays pourrait-il soutenir un homme dont le propre peuple conteste le bilan ?

Macky Sall a hérité d’un Sénégal stable et l’a plongé dans le chaos. Les infrastructures ? Oui, quelques réalisations. Mais à quel prix ? La dette publique a explosé, la pauvreté a augmenté, et la confiance dans les institutions s’est effritée. Les Sénégalais n’ont pas oublié.

Son refus de quitter le pouvoir en 2024, malgré la fin de son mandat, a provoqué une crise constitutionnelle. Les rues ont parlé : « Macky dégage ! » était le cri unanime. Soutenir sa candidature, ce serait cracher sur ces mois de lutte.

L’ONU incarne l’espoir d’un monde plus juste. Macky Sall, lui, incarne pour beaucoup l’arrogance du pouvoir. Son nom est associé à des arrestations arbitraires, à la muselière mise à l’opposition (Ousmane Sonko, Karim Wade, et tant d’autres), et à une gouvernance perçue comme autoritaire. Comment un tel profil pourrait-il représenter l’Afrique avec crédibilité ?

Regardez ailleurs en Afrique : Blaise Compaoré, chassé du Burkina Faso après 27 ans de règne, a tenté de revenir par la diplomatie. Échec. Yahya Jammeh, en Gambie, a cru pouvoir s’accrocher au pouvoir par la force. Échec. Alpha Condé, en Guinée, a modifié la Constitution pour se maintenir. Échec. Macky Sall a peut-être évité le pire (un troisième mandat), mais il a bel et bien brisé le contrat social. Les Sénégalais, comme leurs voisins, savent reconnaître un recyclage politique quand ils en voient un.

On nous parle de réconciliation, de pragmatisme, de « grand retour ». Je n’y crois pas une seconde. Après tout ce que Macky Sall a fait subir au Sénégal – la violence, les mensonges, l’autoritarisme déguisé –, le pays ne peut pas, ne doit pas, soutenir sa candidature. Ce serait une insulte à la mémoire des victimes, une trahison des idéaux démocratiques, et une erreur stratégique pour l’image du Sénégal.

La diplomatie, c’est bien. Mais la dignité, c’est mieux. Et celle-ci, Macky Sall l’a perdue il y a bien longtemps.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 20/07/202
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