FMI et dette du Sénégal : L’étrange leçon de rigueur de l’APR - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Eva | Publié le 12/09/2026 12:09:30

FMI et dette du Sénégal : L’étrange leçon de rigueur de l’APR

Je lisais ce matin la déclaration de l’APR, qui salue l’accord avec le FMI tout en fustigeant « deux années de tergiversations et de gestion erratique des finances publiques ».

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Suite de l’article : L’ironie de la situation m’a frappé : voici un parti qui, après douze ans à la tête du Sénégal, donne des leçons de rigueur à ceux qui héritent de ses propres erreurs. Je ne peux m’empêcher de voir dans ce discours une tentative désinvolte de réécrire l’histoire.

Le Sénégal traverse une crise économique sans précédent, avec une dette publique estimée à 132 % du PIB fin 2024, selon le FMI et les autorités actuelles. Ce chiffre, inédit en Afrique, a été révélé par des audits indépendants (Cour des comptes, IGF, Mazars), qui ont démontré que l’administration de Macky Sall avait sous-évalué la dette à 74 % du PIB en quittant le pouvoir, alors que la réalité était bien plus sombre. Pire : le déficit budgétaire de 2023, initialement déclaré à 4,9 %, a été révisé à 12,3 % par la Cour des comptes, puis à 14 % en 2024 (TV5Monde, Jeune Afrique). Le FMI lui-même a reconnu que « le cas du Sénégal, avec une dette cachée de cette importance, est inédit en Afrique » (Ministère de l’Économie).

L’APR dénonce aujourd’hui la « gestion erratique » du pouvoir actuel, mais oublié qu’elle a présidé à une période où les finances publiques ont été opacifiées à un niveau sans précédent. Le parti exige la transparence sur le Plan de traitement de la dette (PTDS), mais pourquoi ne pas commencer par publier les rapports de l’IGE, de la Cour des comptes ou de Mazars, qu’il réclame depuis des mois ? La réponse est simple : ces documents accablent son propre bilan. Le FMI a d’ailleurs validé la rupture avec l’ère Sall, soulignant que la « dette cachée » de 7 milliards de dollars accumulée entre 2019 et 2024 est un cas unique sur le continent.

Pire encore, l’APR se félicite du rétablissement des Bourses de sécurité familiale, qu’il avait lui-même initiées en 2013 puis suspendues. Une manière subtile de se parer des vertus d’un programme social qu’il a contribué à affaiblir. Et que dire du Plan de redressement économique et social (PRES), dont l’APR dénonce aujourd’hui l’échec ? C’est sous son mandat que les fondations de cette crise ont été posées.

L’APR a raison sur un point : la transparence est cruciale. Mais elle doit s’appliquer à tous, y compris à ceux qui ont gouverné pendant douze ans. Voici trois raisons pour lesquelles son discours sonne faux :

L’héritage empoisonné : Les audits montrent que la dette a été dissimulée entre 2019 et 2024, avec des engagements hors bilan (comme des contrats d’infrastructures financés en devises sans contrepartie en recettes locales). Résultat ? Une suspension du programme FMI en 2024, deux dégradations de la note souveraine par Moody’s, et une fermeture de l’accès aux marchés internationaux.

L’austérité, un mal nécessaire… mais tardif : L’APR critique les mesures d’austérité actuelles, mais où étaient ses propositions pour éviter l’endettement excessif ? Les coupes budgétaires et les hausses d’impôts d’aujourd’hui sont le prix de l’irresponsabilité d’hier.

La leçon de morale : Exiger des comptes du pouvoir actuel est légitime. Mais comment oser parler de « gestion sérieuse de l’État » quand on a laissé un passif aussi lourd ? La crédibilité de l’APR serait plus forte s’il assumait d’abord son propre bilan.

La situation du Sénégal rappelle celle d’autres pays africains confrontés à des crises de dette. Au Ghana, la révélation d’un endettement caché en 2022 a conduit à une restructuration douloureuse sous l’égide du FMI. En Zambie, la dissimulation de dettes contractées auprès de prêteurs chinois a plongé le pays dans une crise sociale sans précédent. Dans les deux cas, les gouvernements ont dû rendre des comptes. Pourquoi le Sénégal ferait-il exception ?

Je ne conteste pas le droit de l’APR à critiquer. La démocratie le permet, et c’est même sain. Mais je refuse l’hypocrisie d’un parti qui, après avoir dirigé le pays pendant douze ans, se présente en donneur de leçons. Les Sénégalais n’attendent pas des règlements de comptes politiques, mais des réponses claires : qui a contracté ces dettes ? Pourquoi ont-elles été cachées ? Et comment les rembourser sans étouffer les populations ?

Avant de réclamer la transparence des autres, Macky Sall et son parti devraient commencer par l’appliquer à eux-mêmes. La crédibilité se gagne par l’exemple, pas par les discours. Et aujourd’hui, l’exemple fait cruellement défaut.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 12/09/2026

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