Je ne peux rester indifférent face à la posture adoptée par la Chambre des élus de l’APR après la rencontre avec le président Bassirou Diomaye Faye.
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Suite de l’article : Si leur communiqué affiche une ouverture à la réforme de l’Acte IV de la décentralisation, leurs conditions fermes et leur défense acharnée de l’héritage de Macky Sall sonnent comme un avertissement : « Oui à la réforme, mais pas à n’importe quel prix ».
Permettez-moi de dire que ce « prix », ici, semble surtout être celui d’un rapport de force politique qui étouffe l’ambition collective. Je crains que cette posture ne serve qu’à préserver des privilèges plutôt qu’à construire un Sénégal plus équitable.
La décentralisation au Sénégal n’est pas une nouveauté. Depuis l’Acte I en 1972, puis l’Acte II en 1996, chaque étape a visé à rapprocher le pouvoir des citoyens. L’Acte III, porté par Macky Sall, a marqué un tournant avec la communalisation intégrale, la revalorisation des indemnités des élus locaux, ou encore la création de la Fonction publique locale. Pourtant, force est de constater que ces avancées, aussi louables soient-elles, ont souvent buté sur des réalités criantes : des programmes phares comme le PACASEN ou le FERA, aujourd’hui sous-financés ou en souffrance, trahissent une mise en œuvre inégale, voire défaillante. Alors, quand l’APR brandit cet héritage comme un rempart, je m’interroge : s’agit-il de défendre un bilan ou de bloquer toute évolution ?
La Chambre des élus de l’APR exige des « garanties institutionnelles et financières » avant de valider l’Acte IV. Sur le papier, ces demandes paraissent légitimes : qui pourrait s’opposer à un statut protecteur pour les élus locaux ou à un transfert effectif des ressources ? Mais dans les faits, ces conditions ressemblent à une tactique dilatoire. L’APR réclame une architecture claire pour les futurs pôles territoriaux, tout en oubliant que c’est précisément l’absence de flexibilité qui a souvent paralysé les réformes passées. Pire, elle exige la préservation de l’autonomie des collectivités territoriales… alors même que son propre camp a, par le passé, centralisé des décisions qui auraient dû relever des territoires.
Le communiqué évoque aussi le « ralentissement, voire la suspension » de mécanismes comme le PACASEN ou le FERA. Mais qui, sinon les gouvernements successifs – y compris celui de Macky Sall – a laissé ces programmes s’essouffler ? La Chambre semble oublier que la crédibilité de ses revendications dépend aussi de sa propre capacité à assumer les responsabilités qu’elle réclame.
Premièrement, l’APR instrumentalise la décentralisation. En conditionnant son soutien à des garanties, elle transforme un enjeu national en monopole partisan. Deuxièmement, son bilan n’est pas aussi reluisant qu’elle le prétend. L’Acte III a certes modernisé la gouvernance locale, mais il a aussi laissé des territoires entiers à la traîne, faute de moyens ou de volonté politique. Enfin, comparons avec d’autres pays : en Tunisie ou au Maroc, les réformes territoriales ont avancé malgré les résistances, car les acteurs ont su faire primer l’intérêt général sur les querelles de chapelles. Au Sénégal, en revanche, on assistait à un blocage où chaque camp camperait sur ses positions, au risque de paralyser le pays.
Je le dis sans détour : cette posture de l’APR est un frein. Elle donne l’impression que la décentralisation n’est qu’un terrain de jeu politique, où l’on négocie des avantages plutôt que de bâtir des solutions. Le vrai prix à payer, ce n’est pas celui des garanties, mais celui de l’immobilisme.
Je ne nie pas les progrès accomplis sous l’Acte III, mais je refuse de voir la décentralisation otage des calculs partisans. L’APR a le droit de défendre ses convictions, mais elle a aussi le devoir de ne pas saboter une réforme qui pourrait, enfin, donner aux territoires les moyens de leur autonomie. Le Sénégal mérite mieux que des conditionnels politiques. Il mérite une décentralisation ambitieuse, sans arrière-pensée, où l’intérêt des citoyens prime sur celui des clans.
Alors oui, je le maintiens : cette posture est dangereuse. Elle risque de transformer l’Acte IV en une coquille vide, où les belles paroles masqueront l’absence de volonté réelle. Il est temps de passer des discours aux actes. Sans cela, la décentralisation restera à jamais un chantier inachevé… et le Sénégal, un pays en attente.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 18/07/2026
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