Hémicycle musclé : L'Assemblée perd le sens du débat - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Emmanuel | Publié le 10/07/2026 12:07:30

Hémicycle musclé : L'Assemblée perd le sens du débat

Je lisais ce matin le récit de l’évacuation musclée du député Abdou Mbow, lundi 29 juin, lors des débats sur la révision constitutionnelle portée par Pastef.

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Suite de l’article : Les images, virales, montrent un parlementaire traîné hors de l’hémicycle par les forces de l’ordre. Abdou Mbow lui-même a réagi : « Ce n’est pas moi qui ai été humilié, c’est l’Assemblée nationale. » Je partage cette indignation. Une Assemblée nationale ne devrait jamais donner l’image d’une institution où la force prime sur le débat.

Le Sénégal traverse une période de polarisation aigüe. La majorité présidentielle, menée par Ousmane Sonko, porte une réforme constitutionnelle controversée, perçue par l’opposition comme une manœuvre pour consolider son pouvoir. Dans ce climat, les séances parlementaires deviennent des arènes où les divergences dégénèrent en affrontements. L’évacuation d’Abdou Mbow n’est pas un incident isolé : elle s’inscrit dans une logique de confrontation que le député dénonce avec raison. « La présidence de l’Assemblée nationale n’est pas un instrument de domination », rappelle-t-il. Pourtant, les faits semblent contredire cette évidence.

L’article révèle une violation flagrante du règlement intérieur. Abdou Mbow exercait son droit de prise de parole, un principe sacré en démocratie. Que ses propos aient été provocateurs ou non, l’intervention de la gendarmerie dans l’hémicycle est un symbole alarmant. En France, au Royaume-Uni ou en Allemagne, l’évacuation d’un député est un cas extrême, réservé à des situations de violence physique. Ici, rien de tel : simplement un désaccord politique.

Les images de cette évacuation ont choqué. Elles montrent une institution incapable de gérer la contradiction. Pourtant, une majorité se mesure aussi à sa capacité à écouter l’opposition, pas à la muscler. Ousmane Sonko, en laissant s’installer cette logique, piétine l’impartialité et le respect des règles qu’il devrait incarner.

Premièrement, la démocratie se meurt quand on étouffe la voix de l’opposition. Abdou Mbow représente des électeurs : les exclure du débat, c’est nier leur légitimité. Deuxièmement, l’usage de la force dans un parlement est une régression. Au Ghana ou en Côte d’Ivoire, des tensions similaires ont été gérées par le dialogue, pas par la contrainte. Enfin, cette méthode affaiblit la crédibilité de la réforme constitutionnelle. Comment croire à une « rupture » démocratique quand les débats sont muselés ?

Je ne nie pas que l’opposition puisse être virulente. Mais la réponse à la provocation ne peut pas être la brutalité. Comme l’a souligné Aïssata Tall Sall (opposition), « l’intervention de la gendarmerie dans l’hémicycle constitue un précédent préoccupant ». Et elle a raison.

En France, en 2020, des députés d’opposition ont perturbé des séances sans que la force ne soit utilisée. Au Royaume-Uni, les débats houleux sur le Brexit n’ont jamais conduit à des évacuations musclées. Même en Afrique du Sud, où les tensions sont vives, le Parlement privilégie le dialogue. Le Sénégal mérite mieux que cette dérive.

Je le dis sans détour : l’évacuation d’Abdou Mbow est une tache sur la démocratie sénégalaise. Une Assemblée nationale qui recourt à la force pour faire taire l’opposition perd sa légitimité. Ousmane Sonko et sa majorité doivent comprendre que la force ne remplace pas le débat.

Comme l’a rappelé Abdou Mbow : « Le peuple espérait une rupture. Mais vous ne comprenez pas votre mission. » Je le répète : une majorité qui gouverne par la contrainte n’est pas une majorité démocratique. Il est temps de rétablir le respect des règles, de l’opposition, et de l’hémicycle. Car une démocratie sans débat n’est qu’une coquille vide.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 10/07/202
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