Sénégal : Des nominations qui sacrifient la compétence - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Politique | Par Maimouna | Publié le 15/07/2026 12:07:30

Sénégal : Des nominations qui sacrifient la compétence

Je ne peux rester indifférent en lisant la liste des limogeages et nominations entérinées par le Président Diomaye Faye. Aïda Mbodj, Khadija Mahécor Diouf, Ngagne Demba Touré… remplacés par des profils dont l’expertise semble parfois secondaire face à leur proximité politique.

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Suite de l’article : Ce remaniement, présenté comme une simple réorganisation, ressemble étrangement à une distribution de postes par clientélisme, au détriment de la compétence et de l’intérêt général.

Le Sénégal traverse une période charnière. Après des années de tensions politiques et une alternance historique en 2024, le pays a besoin de stabilité institutionnelle et de rigueur dans la gestion publique. Pourtant, les nominations récentes, comme celle d’Abdoulaye Niane à la DER/FJ ou de Mamady Touré à la SOMISEN, soulèvent des questions. Ces choix interviennent alors que la Cour des comptes a révélé des anomalies graves dans la gestion des finances publiques entre 2019 et 2024, avec une dette sous-estimée de près de 25 points de PIB et des transferts opaques de fonds. Dans ce contexte, chaque décision doit être irréprochable.

Prenons l’exemple d’Aïda Mbodj, remplacée à la Déléguée générale à l’Entrepreneuriat rapide des Femmes et des Jeunes par Abdoulaye Niane, expert fiscal. Rien contre ses compétences, mais pourquoi écarter une figure expérimentée dans l’entrepreneuriat féminin pour un profil technique, sans transition claire ? À la SOMISEN, Ngagne Demba Touré, ingénieur géologue, cède sa place à Mamady Touré, un autre expert minier. Là encore, l’expertise semble respectée… mais l’opacité des critères de sélection alimente les doutes.

Le problème n’est pas l’arrivée de nouveaux visages, mais l’absence de transparence dans le processus. Quand on sait que le FMI a suspendu son programme d’aide (1,8 milliard de dollars) en raison de la détérioration des finances publiques, chaque nomination doit être justifiée par des critères objectifs, pas par des allégeances.

Premièrement, la compétence ne se décrète pas. Gérer des institutions stratégiques comme la SOMISEN ou la DER/FJ exige une expertise pointue et une continuité. Remplacer des dirigeants expérimentés par des proches, sans explication, envoie un signal désastreux : le mérite compte moins que la loyauté.

Deuxièmement, l’instabilité institutionnelle coûte cher. Les marchés et les partenaires internationaux observent. La suspension du programme du FMI et la réévaluation brutale de la dette montrent que le Sénégal ne peut se permettre des décisions perçues comme arbitraires. Chaque nomination doit renforcer la crédibilité, pas l’affaiblir.

Enfin, l’histoire se répète. En Afrique, des pays comme le Nigeria ou la RDC ont payé le prix fort pour avoir privilégié le clientélisme. Résultat : mauvaise gouvernance, fuite des investisseurs, et souffrance des populations. Le Sénégal, souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique, ne peut pas se permettre ce glissement.

Au Rwanda, Paul Kagame a bâti une administration réputée pour son efficacité en misant sur la compétence technique, même si son régime est critiqué pour son autoritarisme. En Afrique du Sud, les nominations sous Cyril Ramaphosa sont scrutées par des commissions indépendantes pour éviter les conflits d’intérêts. Au Maroc, les postes clés sont souvent confiés à des hauts fonctionnaires formés dans les grandes écoles, avec une rotation limitée. Ces exemples montrent qu’il est possible de concilier stabilité et mérite – à condition d’avoir des règles claires.

Les révélations de la Cour des comptes en février 2025 sont accablantes : dette publique à 99,67 % du PIB (contre 74,41 % annoncé), transferts opaques, écarts entre recettes déclarées et réelles. Dans ce contexte, les Sénégalais attendent des garanties de transparence, pas des nominations qui sentent le copinage. Le FMI a suspendu son aide en octobre 2024, et la confiance des investisseurs est fragilisée. Chaque décision doit donc être irréprochable.

Je ne conteste pas le droit du Président de nommer qui il veut. Mais en période de crise, la légitimité des choix compte autant que leur légalité. Ces limogeages et nominations, opaques et mal expliqués, risquent d’aggraver la défiance envers les institutions. Le Sénégal a besoin de stabilité, de compétence, et de transparence – pas de favoritisme déguisé.

Si l’objectif est de redresser le pays, alors chaque poste doit être attribué à la personne la plus qualifiée, pas à la plus fidèle. Sinon, le risque est grand de voir le Sénégal perdre sa réputation de bon élève en Afrique de l’Ouest. Le peuple sénégalais mérite mieux que ça.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 15/07/202
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