Dans une intervention récente à l’émission Tolluwaay, Alioune Tine, fondateur d’Afrikajom Center, a estimé qu’Ousmane Sonko avait commis une erreur en choisissant de présider l’Assemblée nationale plutôt que de se concentrer sur son parti et son ambition présidentielle.
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Suite de l’article : Je partage cette analyse. Après les législatives de 2024, Tine lui-même suggérait que Sonko aurait tout intérêt à siéger à l’Assemblée pour conserver son influence. Aujourd’hui, la donne a changé, et ce revirement soulève des questions : pourquoi ce choix précité, et surtout, pourquoi est-il une erreur ?
En 2024, Ousmane Sonko, empêché de se présenter à la présidentielle en raison d’une condamnation judiciaire, avait désigné Bassirou Diomaye Faye comme candidat de substitution. Leur victoire avait scellé un duo politique inédit : Faye à la présidence, Sonko comme Premier ministre, puis comme leader incontesté du Pastef. Mais les tensions ont rapidement émergé. Les divergences sur la gestion des enquêtes pour corruption sous le régime de Macky Sall, les désaccords sur les réformes, et surtout, une rivalité latente entre les deux hommes, ont conduit à la rupture. Limogé par Faye en mai 2026, Sonko a riposté en se faisant élire président de l’Assemblée nationale, un poste qu’occupait jusqu’alors El Malick Ndiaye, dont la démission a ouvert la voie à cette manœuvre.
Alioune Tine a raison : la présidence de l’Assemblée nationale n’apporte rien à Sonko. Les députés du Pastef lui sont déjà acquis, et il aurait pu diriger l’institution à distance, comme il le faisait depuis la primature. El Malick Ndiaye, dont Tine souligne l’efficacité, incarnait une continuité institutionnelle. Son départ, suivi de celui de Sonko, a créé un vide que ce dernier a comblé en s’installant au perchoir. Mais à quel prix ?
En devenant président de l’Assemblée, Sonko perd en flexibilité. Il s’enferme dans un rôle institutionnel qui limite sa capacité à incarner l’opposition radicale, un positionnement qui avait fait sa force. Pire, il se place en rival direct de Faye, transformant une crise politique en une guerre de légitimité. Les Sénégalais assistent désormais à une cohabitation conflictuelle, où chaque décision devient un bras de fer.
Premièrement, Sonko sacrifie sa posture de leader charismatique. En s’enfermant dans l’Assemblée, il abandonne le terrain de la mobilisation populaire, où son influence était maximisée. Deuxièmement, ce poste ne lui offre aucun avantage stratégique pour 2029. Les députés lui obéissent déjà, et son ambition présidentielle nécessitait une distance pour éviter d’épuiser son capital politique dans des luttes institutionnelles. Enfin, il affaiblit le Pastef. En se concentrant sur son propre pouvoir, il fragmente son parti, déjà divisé entre ses partisans et ceux de Faye. La démission d’El Malick Ndiaye, un cadre compétent, en est la preuve : Sonko a préféré écarter un allié efficace plutôt que de construire une équipe cohérente.
L’histoire politique africaine regorge d’exemples où des leaders ont vu leur influence s’effriter en s’accrochant à des postes secondaires. En Côte d’Ivoire, Alassane Ouattara a su éviter ce piège en 2000, préférant structurer son parti plutôt que de s’engager dans des luttes de pouvoir stériles. Au Sénégal même, Macky Sall avait compris que la préservation de son image passait par une distance calculée avec les institutions. Sonko, lui, a choisi la confrontation directe. Résultat : une Assemblée nationale transformée en arène politique, où les réformes peinent à avancer, et où l’intérêt général passe après les ego.
Je le dis sans détour : Ousmane Sonko a commis une erreur en acceptant la présidence de l’Assemblée nationale. Ce choix, dicté par l’orgueil et la réaction à son limogeage, l’éloigne de son objectif ultime : la présidence de la République. Alioune Tine avait raison en 2024, et il a raison aujourd’hui. Sonko aurait dû s’écarter, consolider son parti, et préparer 2029 avec sérénaité. Au lieu de cela, il a opté pour une stratégie de court terme, qui risque de lui coûter cher. Le Sénégal mérite mieux que ces luttes de pouvoir. Et Sonko, lui, mérite mieux que de devenir le prisonnier de ses propres choix.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 15/06/2026
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