L’annonce du ralliement de Babacar Diop, figure influente de Taxawu Sénégal, à la coalition Diomaye Président a été présentée comme un acte de responsabilité, au nom de « l’intérêt supérieur de la Nation ». Permettez-moi de douter.
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Suite de l’article : Derrière ce discours lénifiant, je vois surtout une nouvelle illustration de l’opportunisme politique qui ronge notre paysage démocratique. Et si ces départs successifs n’étaient que le symptôme d’une opposition en pleine déliquescence, incapable de résister à l’appel du pouvoir ?
Taxawu Sénégal, parti de Khalifa Sall, était encore il y a peu un acteur incontournable de l’opposition sénégalaise. Aujourd’hui, il s’effrite sous les coups de boutoir des défections : après Barthélémy Dias et Babacar Mbengue, c’est au tour de Babacar Diop de quitter le navire. Ces départs ne sont pas anodins. Ils révèlent une fragilité structurelle, une incapacité à fédérer autour d’un projet commun. Pire, ils soulignent l’attractivité grandissante de la coalition au pouvoir, qui semble avoir su capter les ambitions personnelles de certains, bien plus que les idéaux qu’ils prétendaient défendre hier.
Babacar Diop justifie son choix par la nécessité de « privilégier la stabilité institutionnelle » et d’améliorer les conditions de vie des Sénégalais. Noble objectif, sans doute. Mais comment ne pas y voir une simple reconversion stratégique ? Quand on quitte un parti pour en rejoindre un autre, surtout quand celui-ci est au pouvoir, la question des convictions se pose. Les thèmes brandis — emploi, pouvoir d’achat, développement économique — sont ceux-là mêmes que la coalition présidentielle a récupérés. Alors, engagement sincère ou calcul politique ? Je penche pour la seconde option.
Ces ralliements successifs ne sont pas des hasards. Ils traduisent une réalité crue : Taxawu Sénégal n’est plus en mesure de retenir ses troupes. Et quand un mouvement perd ses cadres, c’est souvent le signe qu’il a perdu son âme. Khalifa Sall, qui a obtenu à peine 1,56 % des voix à la dernière présidentielle, semble aujourd’hui isolé, son parti miné par les rivalités internes et les ambitions individuelles. Les « mêmes visages », comme le soulignait Notre Continent, reviennent sans cesse, mais sans jamais offrir de solutions concrètes aux Sénégalais.
Premièrement, l’opportunisme n’est pas une exclusivité sénégalaise, mais ici, il prend des proportions inquiétantes. En Afrique, les partis d’opposition peinent souvent à s’institutionnaliser, et Taxawu Sénégal n’y échappe pas. Comme le notait une analyse de Le Soleil, ce mouvement n’a jamais su évoluer au-delà des ambitions personnelles de son leader. Deuxièmement, ces défections rappellent les retournements politiques classiques : hier dans l’opposition, aujourd’hui au pouvoir, demain… qui sait ? Enfin, comment croire à la sincérité de ces ralliements quand ils interviennent au moment où le vent tourne ? La coalition Diomaye Président, forte de sa victoire, attire comme un aimant ceux qui hier la combattaient.
Cette situation n’est pas sans rappeler d’autres contextes africains. Au Ghana, en Côte d’Ivoire ou même en Tunisie, les partis d’opposition ont souvent été fragilisés par des scissions et des ralliements intéressés. Mais au Sénégal, pays souvent cité en exemple pour sa stabilité démocratique, cette tendance prend un tour particulièrement décevant. Contrairement à des pays où l’alternance s’est construite sur des bases solides (comme le Bénin ou le Cap-Vert), ici, les alliances semblent dictées par le vent du moment plutôt que par des principes immuables.
Je ne nie pas le droit de chacun à évoluer politiquement. Mais je refuse de croire que ces départs en cascade sont motivés par un soudain surcroît de patriotisme. Taxawu Sénégal paie aujourd’hui le prix de ses divisions et de son manque de vision collective. Et si Khalifa Sall veut vraiment reconstruire son mouvement, il devra d’abord répondre à une question simple : comment fédérer quand on ne représente plus qu’une coquille vide ? L’opposition sénégalaise mérite mieux que ces retournements de veste. Elle mérite des convictions, pas des calculs.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 13/06/2026
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