Je lisais, non sans une certaine ironie, les déclarations d’Ousmane Sonko lors du congrès de Pastef à la Dakar Arena.
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Suite de l’article : « Pastef n’est pas un parti, c’est une idée qui bat dans le cœur de millions d’Africains », a-t-il affirmé sous les ovations. Permettez-moi de dire que cette rhétorique, aussi poétique soit-elle, sonne creux face aux réalités pressantes du Sénégal. Car une idée, si noble soit-elle, ne nourrit pas les familles, ne crée pas d’emplois et ne résout pas les crises de gouvernance.
Le Sénégal, comme beaucoup de pays africains, est confronté à des défis concrets : un chômage des jeunes endémique, un coût de la vie qui étouffe les ménages, et des institutions souvent perçues comme opaques. Dans ce paysage, Pastef s’est imposé comme un mouvement porteur d’espoir, avec un discours panafricaniste et souverainiste qui séduit. Mais les discours, aussi inspirants soient-ils, ne suffisent pas. L’histoire nous a appris que les révolutions ne se font pas avec des mots, mais avec des actes.
Sonko a raison sur un point : Pastef a su mobiliser une base militante passionnée. Mais de là à en faire une « idée vivante » qui transcende les frontières, il y a un pas que je ne peux franchir. Un parti politique se juge à son bilan, pas à sa capacité à remplir des stades. Or, force est de constater que les promesses de rupture, de transparence et de justice sociale peinent à se matérialiser. Les critiques fusent : intimidation des opposants, remise en cause de l’indépendance de la justice, et même des reculs en matière de représentation féminine dans les institutions. Peut-on vraiment parler de « rupture » quand les pratiques du passé semblent persister ?
Les observateurs notent aussi une tendance inquiétante : plutôt que de répondre aux attentes des citoyens, Pastef semble parfois plus occupé à consolider son pouvoir et à discréditer ses détracteurs. « On ne va plus permettre que des médias écrivent ce qu’ils veulent », a déclaré Sonko en avril 2024. Une sortie qui interroge sur la place de la liberté de la presse dans ce « nouveau Sénégal ».
Je ne nie pas l’importance des idées. Mais une idée, pour convaincre durablement, doit se traduire par des résultats tangibles. Où sont les emplois promis aux jeunes ? Où sont les réformes structurelles pour réduire le coût de la vie ? Où est la gouvernance exemplaire qui devait rompre avec les « combines » du système ?
Pire, Pastef semble parfois prisonnier de ses propres contradictions. Le parti se présente comme un rempart contre les dérives du pouvoir, mais des voix internes dénoncent déjà une « dérive messianique ». Des démissionnaires, comme Moussa Bala Fofana, évoquent un « choix de conscience », comme si l’idéal initial s’était perdu en route.
L’Afrique a connu d’autres mouvements portés par des idées puissantes. Prenons le Burkina Faso de Thomas Sankara : son discours panafricaniste et anti-impérialiste a marqué l’histoire. Mais c’est aussi par des actes concrets – alphabétisation massive, vaccination, lutte contre la corruption – qu’il a marqué les esprits. À l’inverse, des régimes comme celui de Robert Mugabe au Zimbabwe ont montré comment une rhétorique révolutionnaire pouvait cacher des réalités bien moins glorieuses : hyperinflation, répression, et appauvrissement de la population.
Je ne conteste pas la légitimité de Pastef ni l’enthousiasme qu’il suscite. Mais je refuse de croire que le simple fait de brandir une « idée » suffise à justifier un soutien inconditionnel. Les Sénégalais, comme tous les Africains, méritent mieux que des discours. Ils méritent des solutions.
Alors oui, Pastef est peut-être une idée qui bat dans des cœurs. Mais tant que cette idée ne se traduira pas par des actes – des emplois créés, une justice sociale effective, une gouvernance irréprochable –, elle restera ce qu’elle est : une promesse. Et les promesses, en politique, ont une fâcheuse tendance à s’user avec le temps.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 11/06/2026
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