Crimes, silence et impunité : Trois ONG attaquent l’État malien - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Eva | Publié le 04/05/2026 04:05:30

Crimes, silence et impunité : Trois ONG attaquent l’État malien

Trois organisations de la société civile, TRIAL International, l’Union panafricaine des avocats (PALU) et la Fédération internationale des droits de l’homme (FIDH), ont déposé ce lundi un dossier contre l’État malien devant la Cour africaine des droits de l’Homme et des peuples.

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Suite de l’article : La plainte vise des exactions imputées aux forces armées maliennes et au groupe de mercenaires russes Wagner, liées notamment aux massacres de Moura et d’Hombori en 2022.

Le dépôt intervient quatre ans après le massacre d’Hombori et moins d’un mois après la publication des éléments liés à Moura, deux épisodes qui ont focalisé l’attention internationale sur le centre du Mali.

La plainte allègue que des exécutions extrajudiciaires, des détentions arbitraires et des destructions de biens ont été commises par des forces maliennes en coordination avec des éléments étrangers présumés liés à Wagner. À Hombori, au moins cinquante civils ont été tués et des centaines arrêtés en avril 2022 après l’explosion d’une bombe qui a tué un agent russe. Dans la localité de Moura, des enquêtes des Nations unies attribuent aux troupes maliennes et à des forces étrangères présumées russes la mort d’au moins 500 personnes en mars 2022. La plainte cherche à établir non seulement la responsabilité pour ces actes, mais aussi la carence de l’État dans la prévention, l’enquête, la poursuite et la réparation des victimes.

L’argument central porté par les plaignants repose sur plusieurs constats factuels. D’abord, les procédures judiciaires nationales n’ont produit à ce jour ni enquêtes publiques crédibles ni poursuites effectives contre des responsables présumés, selon les organisations requérantes. Ensuite, les mesures de protection des civils dans les zones concernées sont restées insuffisantes alors que les autorités militaires disposaient de moyens pour prévenir les violences. Enfin, peu de victimes ont obtenu une reconnaissance officielle ou une forme de réparation matérielle et morale, ce qui perpétue leur vulnérabilité.

Ces manquements aggravent la souffrance des familles endeuillées et sapent la confiance dans l’État. La plainte souligne que l’absence de vérité et de réparation renforce l’impunité, un facteur fréquemment lié à la répétition des violences. Les plaignants présentent des éléments d’enquête, des témoignages de survivants et des recoupements d’éléments médico-légaux pour étayer leurs allégations et demander que la Cour ordonne des mesures de protection, des enquêtes indépendantes et des réparations effectives.

La présence ou l’influence de Wagner en Afrique a été abondamment documentée, avec des interventions parallèles en Libye et ailleurs, avant que le groupe ne soit progressivement remplacé par l’Africa Corps l’année dernière. Comparé à d’autres contextes où des forces étrangères ont opéré aux côtés d’armées nationales, le cas malien révèle des lacunes spécifiques: coordination opérationnelle opaque et absence de mécanismes de contrôle effectifs. Comparaison faite avec des États qui ont mis en place des commissions d’enquête indépendantes après des crises, le Mali accuse un retard notable sur le plan judiciaire et réparateur.

Des sources et rapports internationaux ont déjà signalé des abus que les autorités maliennes n’ont pas suffisamment investigués. Pour les organisations requérantes, la saisine de la Cour africaine vise à combler ce vide juridictionnel et à contraindre l’État à assumer ses obligations internationales: enquêter de manière impartiale, poursuivre les responsables et assurer réparation aux victimes. Une citation reprise dans le dossier qualifie la situation de « défaut systémique de protection », formule utilisée pour résumer l’accumulation des défaillances institutionnelles.

Le dossier porte aussi des demandes concrètes: l’ouverture d’enquêtes indépendantes, la mise en place de mécanismes de réparation et la garantie de mesures immédiates pour protéger les populations dans les zones à risque. En terminant, la démarche devant la Cour africaine illustre la volonté des organisations de droits de l’homme d’utiliser les voies juridictionnelles internationales face à des manques perçus de responsabilité nationale, en espérant obtenir reconnaissance, vérité et réparation pour les victimes.

Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Sarata Sidibé.
Mis en ligne : 04/05/2026

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