Un récent article a mis en lumière un constat accablant : le Sénégal importe encore 40 % de ses médicaments via l’Europe, et notamment la France, alors même que celle-ci n’est plus un grand producteur.
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Suite de l’article : Ce système d’importation indirecte, hérité de la colonisation, pénalise lourdement l’économie nationale et fragilise l’accès aux soins. Je me permets d’exprimer ici mon scepticisme quant à la capacité du Sénégal à se libérer rapidement de cette dépendance, malgré les annonces politiques.
Le Sénégal, comme la plupart des pays africains, dépend à plus de 95 % des importations pour ses médicaments, selon l’OMS et la Commission économique des Nations unies pour l’Afrique. En 2023, 54,4 % des importations pharmaceutiques du pays provenaient de France, pour un coût de 167,4 millions d’euros. Pourtant, la France n’est plus un acteur majeur de la production pharmaceutique mondiale, ce qui signifie que le Sénégal paie des intermédiaires pour des produits souvent fabriqués en Inde ou en Chine. Ce système, en plus d’être coûteux, expose le pays aux ruptures de stock et aux fluctuations des prix internationaux.
Le ministre Serigne Guèye Diop a raison de dénoncer ce système « inacceptable » : pourquoi le Sénégal doit-il passer par des centrales d’achat françaises pour importer des médicaments, alors qu’il pourrait s’approvisionner directement auprès des pays producteurs ?. Pourtant, malgré les déclarations d’intention, la réalité est plus complexe. Le Sénégal a lancé des projets pour développer une industrie pharmaceutique locale, mais en 2026, moins de 5 % des besoins sont couverts par la production nationale. Les obstacles sont nombreux : manque d’investissements, dépendance aux matières premières importées, et concurrence déloyale des produits étrangers, souvent moins chers grâce aux économies d’échelle.
En 2025, le Sénégal a importé pour 244 milliards de FCFA de produits pharmaceutiques, un « manque à gagner colossal » pour l’économie nationale. Ces fonds pourraient être réinvestis dans la santé publique ou la production locale.
La dépendance aux importations expose le pays aux crises mondiales, comme l’a montré la pandémie de Covid-19. Les pays africains qui ont investi dans la production locale, comme le Maroc ou l’Algérie, couvrent aujourd’hui 70 à 80 % de leurs besoins.
Malgré les annonces, les réformes peinent à se concrétiser. Le système de « corrélation » mis en place en 2025 pour bloquer les importations si un industriel local peut produire est une avancée, mais il reste insuffisant face à l’ampleur du défi.
Le Maroc et l’Algérie ont réussi à réduire leur dépendance en misant sur des réformes réglementaires, des investissements massifs et des partenariats technologiques. L’Algérie, par exemple, couvre désormais 83 % de ses besoins et exporte vers d’autres pays africains. Le Sénégal, lui, reste à la traîne, malgré un potentiel démographique et économique indéniable.
Je ne peux que partager l’indignation du ministre face à ce système d’importation indirecte, qui appauvrit le Sénégal et fragilise sa souveraineté sanitaire. Cependant, les annonces ne suffiront pas. Il est urgent de passer des mots aux actes : investir massivement dans la production locale, former des compétences, et surtout, cesser de dépendre de la France pour des médicaments qu’elle ne produit plus. La souveraineté pharmaceutique ne se décrète pas, elle se construit. Le Sénégal a les moyens de le faire, encore faut-il en avoir la volonté politique.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 04/05/2026
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