Je lisais récemment un article intitulé « La malédiction de la dyarchie ou l’inévitable parricide politique », qui retrace avec justesse la tendance historique du pouvoir sénégalais à rejeter toute forme de partage.
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Suite de l’article : Ce texte m’a inspiré une réflexion plus large sur la légitimité du président Bassirou Diomaye Faye, dont l’ascension politique, aussi fulgurante qu’inédite, soulève des questions fondamentales sur la démocratie et la représentation.
Avant 2023, Diomaye Faye était un inconnu pour la majorité des Sénégalais. Inspecteur des impôts, syndicaliste, proche d’Ousmane Sonko, il n’avait jamais brigué de mandat électif, ni occupé de poste ministériel. Son nom n’apparaissait dans aucune campagne personnelle, et son parcours se résumait à une discrète mais loyale collaboration avec Sonko, d’abord au sein du syndicat des impôts, puis comme secrétaire général du PASTEF. Rien, dans son histoire, ne laissait présager une ambition présidentielle. Jusqu’à ce que les circonstances, et non le mérite, ne le propulsent sur le devant de la scène.
La présidentielle de 2024 restera dans l’histoire comme celle d’un candidat de substitution. Ousmane Sonko, leader charismatique et figure incontournable de l’opposition, s’est vu interdire de concourir en raison de condamnations judiciaires controversées. Le PASTEF, dissous, ne pouvait plus présenter de liste. C’est dans ce vide politique que Diomaye Faye a été désigné, non pour ce qu’il représentait, mais pour ce qu’il portait : le nom, le projet et la légitimité de Sonko. Le slogan « Diomaye moy Sonko » (« Diomaye, c’est Sonko ») n’était pas une métaphore, mais une réalité électorale. Les Sénégalais n’ont pas voté pour Faye. Ils ont voté pour Sonko, par procuration.
Comment un homme sans expérience élective, sans vision publique préétablie, peut-il prétendre incarner l’espoir d’une nation ? La réponse réside dans le marketing politique. Faye a bénéficié de l’aura de Sonko, de son réseau militant, et d’un contexte de crise institutionnelle qui a poussé les électeurs à chercher une alternative au système en place. Mais une fois élu, la question se pose : qui gouverne vraiment ? Les tensions actuelles entre Faye et Sonko, notamment autour des réformes électorales ou de la restructuration de la coalition au pouvoir, révèlent une dyarchie mal assumée. Faye tente de s’émanciper en s’entourant de figures comme Aminata Touré, tandis que Sonko, depuis son poste de Premier ministre, verrouille l’appareil du PASTEF et pousse des textes législatifs qui consolident son influence, et non celle du président.
Cette situation rappelle les échecs des dyarchies en Afrique, où le partage du pouvoir a souvent conduit à des blocages institutionnels ou à des ruptures violentes. En Tunisie, par exemple, la cohabitation entre le président et le gouvernement a paralysé les réformes et affaibli la démocratie. Au Sénégal, l’histoire montre que le « numéro deux » ne survit politiquement que s’il tue symboliquement son mentor — un parricide que Faye semble hésiter à commettre.
Je ne peux m’empêcher de voir dans l’ascension de Diomaye Faye une anomalie démocratique. Son élection n’est pas le fruit d’un projet personnel mûri, mais celui d’un hasard politique et d’une stratégie de contournement. Aujourd’hui, le Sénégal assistent à une lutte de pouvoir entre un président en quête de légitimité et un Premier ministre qui incarne toujours la véritable base militante. Si l’histoire nous enseigne quelque chose, c’est que le pouvoir ne se partage pas — il se prend. Et dans ce duel, c’est la crédibilité de l’institution présidentielle qui en sort affaiblie.
La question n’est plus de savoir si la rupture aura lieu, mais quand elle adviendra. Et quand elle surviendra, ce sera un nouveau rappel que, au Sénégal, la dyarchie est une malédiction, et non une solution.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 15/05/2026
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