Un garçon de 18 mois, Mouhamadou Camara, a été retrouvé égorgé dans les toilettes de la concession familiale du quartier Vélingara Foulbé, région de Kolda, le dimanche 3 mai.
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Suite de l’article : Les gendarmes avaient d’abord placé cinq proches en garde à vue; l’oncle maternel, M. Camara, a reconnu les faits et a été maintenu en détention. Selon ses déclarations, il a utilisé un couteau trouvé à proximité et a expliqué agir par vengeance contre la mère, qu’il a accusée de ne « pas l’aimer ».
Ce constat factuel enferme déjà le récit dans deux causales simples: la consommation de drogue et la haine maternelle. La presse a relayé que le présumé auteur était connu comme usager de stupéfiants et qu’il imputait ses « malaises » aux plats servis dans la maison. Ces éléments, vrais sur le plan des déclarations, deviennent le fil rouge d’une narration qui mérite d’être interrogée plutôt que reprise comme explication suffisante.
Dans le détail de l’affaire, plusieurs absences sautent aux yeux. L’enquête a commencé par des auditions familiales et une garde à vue collective, puis a abouti à la confession et à la seule mise en détention de l’oncle. Le mode opératoire — couteau trouvé sur place, enfant découvert dans les toilettes — renvoie à une violence intra-familiale qui appelle plus qu’un portrait individuel du meurtrier. La focalisation sur l’état de dépendance allégué et sur la rancœur envers la mère détourne l’attention des responsabilités collectives: la surveillance des enfants, la dynamique familiale, la place des conflits non résolus au sein du foyer.
La réduction d’un crime aussi grave à la drogue comme cause première simplifie le réel. Une telle explication peut fonctionner comme absolution implicite des autres acteurs du milieu familial et social. Si l’on compare ce traitement médiatique à d’autres affaires où la « folie passagère » ou la substance illicite servent de clé de lecture, on constate souvent le même mécanisme: l’individu devient l’unique point de focalisation, et les structures qui l’entourent — famille, voisinage, accès aux soins psychiques, dispositifs de protection de l’enfance — disparaissent du récit public. Une autre comparaison s’impose avec les enquêtes judiciaires menées quand la responsabilité institutionnelle est mise en cause: ces dernières vont chercher des traces de négligence, d’alerte non traitée et de désengagement des services. Ici, peu d’informations laissent entendre qu’une telle approche est engagée.
Les faits connus laissent ouverte la question des signaux préalables. Le présumé meurtrier aurait évoqué des malaises imputés à la nourriture; cette accusation interroge la communication interne à la famille, les conflits latents et l’absence manifeste de médiation. Le placement initial de plusieurs proches en garde à vue montre que les gendarmes ont envisagé un faisceau d’hypothèses, mais les suites de l’enquête publiquement connues se condensent autour d’une confession individuelle et d’un mobile réduit.
Des éléments supplémentaires seraient nécessaires pour dresser un tableau complet: expertise médico-légale sur les circonstances exactes du décès, évaluation psychiatrique du suspect, historique des signalements éventuels auprès des services sociaux, et terrain sur les conditions de vie dans la concession. Sans ces informations, le récit public risque de cristalliser une explication commode plutôt que d’éclairer les défaillances systémiques.
L’affaire Mouhamadou Camara reste d’abord celle d’un enfant tué et d’un homme mis en cause. Au-delà de cette tragédie, les faits disponibles pointent vers un danger narratif: en faisant du « trafic de drogue » ou de la « haine maternelle » la cause exclusive, on masque des responsabilités familiales et sociales plus larges qui demanderaient, elles, des réponses factuelles et des enquêtes approfondies. La justice et la société gagneraient à documenter l’ensemble des conditions qui ont permis ce drame, pour que les mots utilisés pour l’expliquer correspondent aux causes réellement identifiées.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Khadim Nd.
Mis en ligne : 12/05/2026
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