Je ne peux m’empêcher de lire avec un mélange de scepticisme et de déception les déclarations récentes d’Emmanuel Macron sur le franc CFA.
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Suite de l’article : Dans un entretien accordé à Jeune Afrique, le président français se présente en champion de l’autonomie africaine, affirmant que la France est désormais ouverte aux aspirations souverainistes du continent et prête à abandonner le franc CFA. « Réformons, abandonnons le franc CFA », déclare-t-il, laissant aux instances africaines le soin de décider. Mais derrière ce discours en apparence progressiste, je vois surtout une stratégie habile pour masquer une réalité bien moins glorieuse : celle d’un héritage colonial qui persiste, malgré les mots.
Le franc CFA, créé en 1945 sous le nom de « franc des Colonies Françaises d’Afrique », est un vestige de l’époque coloniale. Aujourd’hui, il reste la monnaie de 14 pays africains, regroupés au sein de l’UEMOA et de la CEMAC. Bien que son nom ait été adouci – « Communauté Financière Africaine » ou « Coopération Financière en Afrique Centrale » –, son fonctionnement n’a guères évolué. Les pays utilisateurs doivent toujours déposer 50 % de leurs réserves de change auprès du Trésor français, une pratique qui limite leur autonomie financière et renforce leur dépendance.
Emmanuel Macron évoque une « révolution » avec la restitution de biens culturels pillés pendant la colonisation. Pourtant, sur le plan monétaire, les changements concrets se font attendre. La monnaie Eco, censée remplacer le franc CFA, a été annoncée en 2019, mais sa mise en œuvre est sans cesse reportée. Pire, les réformes proposées jusqu’ici ne remettent pas en cause les piliers du système : la parité fixe avec l’euro, la garantie de convertibilité par la France, ou encore la libre transférabilité des capitaux, qui favorise les multinationales occidentales au détriment des économies locales.
Les déclarations de Macron sonnent comme une tentative de redorer l’image de la France en Afrique, alors que le débat sur le franc CFA cristallise les critiques depuis des décennies. Les économistes et intellectuels africains, comme Kako Nubukpo ou Kemi Seba, dénoncent depuis longtemps cette monnaie comme un outil de néocolonialisme économique. En effet, le franc CFA, arrimé à l’euro, est bien plus influencé par les politiques monétaires européennes que par les réalités économiques africaines. Cela pénalise les exportations locales et favorise les importations en provenance de l’Europe, au détriment des industries africaines.
La France se targue de vouloir « bâtir un partenariat nouveau et équilibré ». Mais comment parler d’équilibre quand les pays africains n’ont pas la maîtrise totale de leur politique monétaire ? La dépendance persiste, et les réformes annoncées ne sont souvent que cosmétiques. Par exemple, la suppression du dépôt de 50 % des réserves de change pour l’UEMOA en 2021 n’a pas été étendue à la CEMAC, et la parité fixe avec l’euro reste un carcan.
Je ne peux que souscrire aux critiques qui soulignent l’hypocrisie de cette posture. La France donne l’impression de lâcher prise, mais en réalité, elle conserve un contrôle indirect sur les économies africaines. Les pays de la zone franc ne peuvent pas créer de la monnaie selon leurs besoins, ce qui limite leur capacité à financer des projets de développement ou à absorber les chocs économiques. Pendant ce temps, les multinationales françaises continuent de bénéficier de la libre transférabilité des capitaux pour rapatrier leurs profits, sans contribuer significativement à l’économie locale.
Comparons cette situation à celle d’autres anciennes colonies. Des pays comme le Ghana ou le Nigeria, qui ont adopté leurs propres monnaies, ont connu des périodes de forte inflation et d’instabilité. Mais au moins ont-ils la liberté de mener des politiques monétaires adaptées à leurs besoins. L’Afrique francophone, elle, reste prisonnière d’un système qui, sous couvert de stabilité, étouffe son potentiel économique.
Emmanuel Macron a raison sur un point : le franc CFA fait débat. Mais il se trompe en pensant que des déclarations d’ouverture suffiront à apaiser les critiques. Tant que les structures économiques héritées de la colonisation resteront en place, les mots sonneront creux. La véritable souveraineté monétaire ne se décrète pas : elle se construit par des actes concrets.
Je reste convaincu que l’Afrique francophone mérite mieux qu’un désengagement en trompe-l’œil. Il est temps de passer des discours aux actes, et de laisser les pays africains maîtriser pleinement leur destin économique. Sinon, le franc CFA restera à jamais le symbole d’une indépendance inachevée.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 23/05/2026
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