L’Imperial College de Londres, en collaboration avec l’OMS, a publié le 18 mai une étude estimant que l’épidémie d’Ebola de souche Bundibugyo en République démocratique du Congo est beaucoup plus étendue que les bilans officiels.
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Suite de l’article : Le 19 mai, le ministre congolais de la Santé, Roger Kamba, a déclaré 543 cas probables et 136 décès probables dans la province d’Ituri. Ces éléments posent la question de la fiabilité des comptes rendus officiels.
La confirmation virologique n’a été obtenue à Kinshasa que le 14 mai, après des prélèvements parvenus dans de bonnes conditions à l’Institut national de recherche biomédicale. Les premiers tests locaux avaient été faussés par des outils calibrés pour une autre souche.
Sur le fond, l’étude signale une sous-détection substantielle. Deux méthodes indépendantes convergent vers des ordres de grandeur bien supérieurs aux chiffres publiés au 16 mai, quand les autorités faisaient état de 336 cas suspects et 88 décès. La première méthode repose sur l’observation de deux malades originaires d’Ituri repérés à Kampala, en Ouganda, qui avaient voyagé pour se faire soigner; en croisant ce signal avec des flux frontaliers estimés à environ 1 871 voyageurs par jour en direction de l’Ouganda, les chercheurs calculent entre 235 et 470 cas probables selon la fenêtre de détection retenue.
La seconde méthode part des 88 décès suspects notifiés au 16 mai; en appliquant des ratios observés lors des deux précédentes épidémies de Bundibugyo — l’Ouganda en 2007 (131 cas, 42 morts) et la flambée d’Isiro en 2012 — elle aboutit à une fourchette de 400 à plus de 1 000 cas selon l’hypothèse sur la vitesse de propagation. L’étude admet que plus de 1 000 cas ne peuvent pas être exclus.
Les faiblesses du comptage sont documentées: échantillons abîmés par une chaîne du froid défaillante, tests GeneXpert calibrés pour la souche Zaïre et non pour Bundibugyo, délais avant l’envoi d’échantillons exploitables vers Kinshasa. Jean Kaseya, directeur général d’Africa CDC, a résumé le problème en relevant le rôle crucial des laboratoires GeneXpert locaux pour identifier l’agent; sans eux, la situation serait restée obscure. Le gouvernement américain a, pour sa part, classé la province d’Ituri au niveau 4 le 15 mai, précisant que « sa capacité à fournir des services d’urgence à ses ressortissants en Ituri est extrêmement limitée. »
L’accumulation de retards et d’erreurs pratiques crée une image en trompe-l’œil: chiffres officiels peu à jour, cas probables identifiés sur la base de symptômes, faible nombre de confirmations en laboratoire (32 confirmations INRB signalées le 19 mai), et une répartition géographique étendue — Mongwalu, Bunia, Rwampara, Niakunde, plus Butembo et Goma. Les limites méthodologiques de l’étude sont reconnues: seule l’exportation de deux cas a servi de signal initial, les passages informels aux frontières restent mal quantifiés, et le taux de létalité exact du virus Bundibugyo reste incertain (hypothèses testées: 24 %, 30 %, 40 %).
La conséquence factuelle est nette: les données publiques donnent une vision parcellaire et probablement sous-estimée de l’épidémie, ce qui complique la planification des réponses sanitaires et laisse les populations locales et les voyageurs exposés à un risque mal évalué. Le Dr Jean-Jacques Muyembe appelle à la prudence et demande « d’abord d’établir la liste complète des cas, tracer les liens entre eux », soulignant la nécessité d’un inventaire rigoureux avant toute interprétation finale.
Les éléments fournis par l’étude, par l’OMS et par les autorités congolaises dressent le portrait d’un suivi encore fragile, rendu vulnérable par des problèmes techniques et logistiques documentés. Les écarts entre estimations indépendantes et bilans officiels invitent à considérer les chiffres publiés comme incomplets, pendant que la maladie continue de circuler dans des zones déjà signalées.
Article opinion écrit par la créatrice de contenu : Suzanne T.
Mis en ligne : 23/05/2026
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