Dans un entretien publié le 11 mai 2026 à l’occasion du sommet Africa Forward à Nairobi, Emmanuel Macron a affirmé que « les Européens ne sont pas les prédateurs du XXIe siècle en Afrique », pointant du doigt la Chine pour sa « logique prédatrice ».
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Suite de l’article : Si cette déclaration s’inscrit dans une volonté de réinventer le partenariat franco-africain, elle sonne comme une tentative malaisée de gommer les ambiguïtés historiques de la présence européenne sur le continent.
L’Afrique n’a pas attendu le XXIe siècle pour subir les affres de la prédation. La colonisation française, comme celle des autres puissances européennes, a structuré des économies monofocales, dépendantes de l’exportation de matières premières, tout en verrouillant les systèmes politiques et monétaires — le franc CFA en est l’exemple le plus criant.
Aujourd’hui encore, les anciennes colonies peinent à se libérer de ce carcan : 50 % de leurs réserves de change doivent être déposées en France, limitant leur souveraineté économique. Comment, dès lors, parler de « non-prédation » sans évoquer ces mécanismes persistants ?
Macron oppose l’Europe, défenseure du « multilatéralisme efficace » et de l’État de droit, à la Chine, accusée de confrontation. Pourtant, cette dichotomie occulte un fait : l’Europe a longtemps imposé ses règles sans multilatéralisme. Les indépendances africaines, obtenues dans les années 1960, n’ont pas signifié la fin de l’influence française. Bases militaires, contrats miniers déséquilibrés, ingérences politiques : la Françafrique a la vie dure. En 2026, alors que la Chine investit massivement dans les infrastructures, la France peine à convaincre de sa bonne foi, tant ses intérêts stratégiques restent liés à un héritage colonial non assumé.
Premièrement, la prédation n’est pas qu’une question de siècle. Les dettes coloniales, le pillage des ressources, ou encore le travail forcé sous l’AOF (Afrique Occidentale Française) ont marqué durablement le continent. Deuxièmement, la Chine n’est pas le seul acteur à scruter. Les États-Unis, la Turquie ou les Émirats arabes unis rivalisent aussi en Afrique, mais l’Europe, elle, bénéficie d’un avantage historique : celui d’avoir déjà façonné les institutions africaines à son image. Enfin, les mots de Macron résonnent comme une stratégie de communication. En choisissant le Kenya, pays anglophone, pour son sommet, la France cherche à tourner la page de la Françafrique… sans pour autant renoncer à ses privilèges.
Je ne nie pas que l’Europe d’aujourd’hui n’est plus celle des colonies. Mais affirmer que les Européens « ne sont pas les prédateurs » revient à ignorer que la prédation a pris des formes plus subtiles : dépendance monétaire, contrôle des élites, ou encore mainmise sur les ressources. La Chine agit peut-être avec une logique de confrontation, mais l’Europe, elle, agit avec l’héritage d’une domination normalisée. En cela, le discours de Macron, aussi poli soit-il, sonne comme une réécriture de l’histoire — et c’est cela, peut-être, la prédation la plus insidieuse.
Et vous, comment percevez-vous cette tentative de réinventer le partenariat franco-africain ?
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 22/05/2026
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