Depuis 2024, des comprimés de tapentadol, opioïde synthétique produit par des laboratoires indiens, ont été exportés vers le Nigeria, le Ghana et la Sierra Leone, malgré des interdictions dans ces pays.
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Suite de l’article : En février 2025 New Delhi a annoncé une politique de tolérance zéro et a restreint l’exportation de préparations non autorisées. Ces flux alimentent une crise sanitaire silencieuse qui frappe surtout des communautés déjà vulnérables, travailleurs précaires et jeunes des quartiers populaires.
Les comprimés sont vendus à bas prix en boîtes de dix et souvent mélangés au « kush », selon autorités et experts, provoquant morts et dépendances locales.
Des registres d’exportation indiens retracent des envois mensuels pour des millions de dollars vers l’Afrique de l’Ouest, tandis que des saisies massives confirment une circulation à grande échelle. Les autorités nigérianes indiquent avoir saisi environ 2 milliards de comprimés à haute dose en 2023 et 2024, principalement en provenance d’Inde. Des responsables de Sierra Leone et du Liberia rapportent des centaines de décès et des scènes de rue où des usagers errent, parfois morts, après des cocktails médicamenteux. La production de comprimés à forte concentration est interdite en Inde sans autorisation spéciale, et l’Agence indienne de contrôle pharmaceutique a ordonné le retrait de licences pour certains mélanges après des enquêtes internationales.
L’analyse de la chaîne logistique met en lumière des failles précises. Certaines sociétés pharmaceutiques exportent des lots identifiés par des numéros de licence qui correspondent à des comprimés saisis sur le continent. Des étiquettes peuvent prétendre que les produits sont « sans danger pour la santé », alors que leur puissance dépasse les normes admises. Les fabricants rappellent que la responsabilité se partage avec distributeurs et importateurs; un porte-parole de l’Association indienne des fabricants a résumé cette position en indiquant que « un fabricant patenté qui a suivi toutes les procédures ne peut pas être tenu pour responsable de ce qui se passe dans le reste de la chaîne de livraison ».
La conjonction entre prix dérisoire et disponibilités multiples explique l’ampleur du phénomène. Un comprimé coûte parfois moins d’un dollar, contre des milliers de nairas pour un gramme de cocaïne ou d’héroïne, ce qui crée une substitution par le produit le moins cher et le plus accessible. Le tapentadol appartient à la même famille que le tramadol, déjà responsable d’épidémies d’usage détourné; les dégâts observés invitent à comparer l’ampleur des conséquences sanitaires.
Les mécanismes d’exploitation sont variés: contournement des contrôles à l’exportation, labellisation trompeuse, fragmentation des responsabilités entre producteurs, exportateurs et distributeurs, et fragilité des régulations dans les pays importateurs. Ces pratiques mettent en péril des populations qui utilisent ces comprimés comme stimulants pour tenir des journées de travail exténuantes ou comme coupe-faim, transformant un médicament en marchandise mortelle. Des groupes armés et des trafiquants profitent aussi de l’offre bon marché pour recruter ou financer des activités criminelles.
Les chiffres et les témoignages convergent vers une réalité cruelle: des chaînes de distribution internationales exploitent les failles réglementaires pour écouler des médicaments interdits, et les victimes sont souvent les plus exposés économiquement. Les réponses réglementaires existent mais restent insuffisantes face à des circuits opaques et à la demande sociale.
La situation laisse des familles endeuillées et des quartiers en proie à l’addiction; des opérateurs locaux et internationaux devront rendre des comptes si l’on veut stopper ce flux. La trajectoire dramatique observée appelle à une surveillance renforcée des exportations, à une coopération renforcée entre autorités et à des moyens concrets d’aide aux populations affectées, afin que la chaîne qui exporte la mort cesse de trouver marchés et complicités.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Stéphane Y.
Mis en ligne : 18/06/2026
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