Une mort qui accuse : Le modèle sécuritaire malien en question - Notre Continent
> NOTRE CONTINENT > - Afrique | Par Maimouna | Publié le 08/05/2026 04:05:30

Une mort qui accuse : Le modèle sécuritaire malien en question

La mort de Sadio Camara n’est pas une tragédie isolée, c’est un miroir brisé qui renvoie l’image d’un régime et de ses alliés incapables d’assurer la sécurité minimale que l’on promettait aux Maliens.

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Suite de l’article : Je refuse la langue de bois: cet assassinat expose l’échec concret d’un partenariat militaire vanté comme la panacée. Plutôt que de protéger l’État, cette alliance avec des forces étrangères et des mercenaires a rendu le pays plus vulnérable et plus instable.

Sadio Camara était présenté comme l’un des piliers du pouvoir, un officier décrit par ses proches comme « droit, sérieux et déterminé ». Sa disparition, et celle de membres de sa famille, prouve que même les sanctuaires supposés des dirigeants ne sont plus à l’abri. Depuis le retrait des forces internationales et le renforcement des liens avec la Russie, les communications officielles ont multiplié les formules rassurantes; l’armée affirme rester « engagée et déterminée ». Ces mots sonnent creux quand des attaques coordonnées peuvent frapper des positions militaires et des villes clés, et quand des groupes armés annoncent des avancées dans le nord et autour de Bamako.

Il faut appeler les choses par leur nom: confier la sécurité à des acteurs exogènes, sans contrôle démocratique ni intégration politique, est une stratégie short-termiste qui se retourne contre l’État. Les mercenaires apportent une capacité de choc ponctuelle, mais ils ne construisent pas un réseau d’informations locales, ils n’apaisent pas les griefs communautaires et ils ne restaurent pas la confiance entre civils et forces de sécurité. Pire, la présence de ces forces étrangères alimente la narration des insurgés et facilite des alliances tactiques entre mouvements sécessionnistes et djihadistes, comme l’ont montré les opérations conjointes récentes.

Comparer ce choix à un pansement sur une jambe de bois n’est pas exagéré: on couvre une blessure profonde sans traiter la fracture politique. Comparer aussi la situation à une entreprise qui externalise sa sécurité au profit d’intervenants opaques illustre le même écueil: on perd la maîtrise, on perd la responsabilité. Pendant ce temps, les autorités multiplient couvre-feux et contrôles, comme si la militarisation de l’espace civil pouvait compenser l’absence d’une stratégie globale de sécurité et de gouvernance.

Les chiffres officiels sur les pertes et sur les résultats des contre-offensives restent peu fiables et rarement vérifiables. L’affirmation de hauts bilans infligés aux assaillants sonne donc comme une tentative de communication pour masquer une réalité plus gênante: les forces qui furent censées stabiliser le pays peinent visiblement à protéger leurs cibles et les centres urbains. La reconquête de villes comme Kidal quelques mois plus tôt avait été présentée comme une victoire majeure; aujourd’hui, ces gains paraissent fragiles face à des offensives coordonnées et à la capacité d’adaptation des groupes armés.

Je vois un dilemme politique et moral: continuer à parier sur un recours extérieur et opaque pour assurer l’ordre, ou admettre que la sécurité durable exige une refondation des institutions, une politique inclusive et une vraie stratégie de renseignement et de développement local. Les morts de Kati sont le prix payé pour des choix géopolitiques faits sans débat public et sans garanties de responsabilité.

Rien n’atténue la douleur des familles frappées, mais la vérité dérangeante reste la même: l’illusion d’une protection achetée a volé en éclats avec la mort d’un ministre. Si l’objectif était de renforcer l’État, le résultat est inversé. Je crains que, tant que l’on persistera dans ce modèle importé, les Maliens paieront le tribut des promesses non tenues et des sécurités factices.

Article opinion écrit par le créateur de contenu : Anonyme.
Mis en ligne : 08/05/202
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