En République démocratique du Congo, les principaux partis d’opposition ont lancé la coalition C64 le 19 mai à Kinshasa.
Les opinions exprimées dans cet article sont celles d’un contributeur externe. NotreContinent.com est une plateforme qui encourage la libre expression, la diversité des opinions et les débats respectueux, conformément à notre charte éditoriale « Sur NotreContinent.com chacun est invité à publier ses idées »
Suite de l’article : La plateforme réunit Lamuka avec Martin Fayulu, l’Union des gauches de Jean‑Marc Kabund, Ensemble de Moïse Katumbi, Envol de Delly Sessanga, le LGD de Matata Ponyo et plus de cinquante mouvements citoyens. L’initiative fait suite à l’annonce du 6 mai par le président Félix Tshisekedi d’une ouverture à une révision constitutionnelle pouvant permettre un troisième mandat.
Les opposants accusent le pouvoir de vouloir prolonger une présidence au détriment des règles actuelles, et ils invoquent l’article 64 de la Constitution comme fondement légal de leur mobilisation. Cette mise en garde s’inscrit dans un contexte où Tshisekedi, au pouvoir depuis 2019, terminera son second mandat en 2028, la Constitution plafonnant officiellement le nombre de mandats à deux.
La création de la C64 révèle plusieurs éléments factuels qui alimentent l’alerte sur une dérive autoritaire. D’abord, la concentration d’acteurs politiques et citoyens autour d’un même objectif montre que la crainte d’un verrouillage institutionnel dépasse les clivages habituels de l’opposition. Ensuite, la référence explicite à l’article 64 et l’appel à des actions populaires traduisent la conviction que les canaux démocratiques classiques sont perçus comme insuffisants pour prévenir une modification constitutionnelle rapide.
Nicolas Lenga a résumé la posture de la coalition en déclarant: « La dérive autoritaire engagée par le régime de M. Félix Tshisekedi, à travers son initiative de modification de la Constitution, constitue un acte de rébellion contre la République et une déclaration de guerre au peuple congolais. » Ce positionnement souligne que les opposants estiment la menace assez grave pour recourir au droit de résistance inscrit dans la loi fondamentale: « Tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui s’empare du pouvoir par la force ou l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution. »
Les risques concrets pour les institutions se lisent dans des mécanismes observés ailleurs. À l’étranger, la modification constitutionnelle a servi à prolonger des mandats en Ouganda, où l’abrogation des limites d’âge et de mandat a bénéficié à Yoweri Museveni, et au Rwanda, où un référendum de 2015 a ouvert la voie à une nouvelle candidature de Paul Kagame. Ces exemples montrent comment une révision ciblée peut affaiblir la séparation des pouvoirs, réduire l’indépendance judiciaire et politiser les organes électoraux.
En RDC, les scénarios redoutés par la C64 incluent la mise sous pression des contre‑pouvoirs, l’utilisation de procédures référendaires pour court‑circuiter le Parlement et la stigmatisation des acteurs sociaux qui protestent. Les faits disponibles indiquent déjà une polarisation accrue du débat public et la formation d’une coordination d’opposition à l’échelle nationale, signe que la confiance dans les institutions traditionnelles est fragilisée.
L’analyse factuelle met en relief une logique commune: quand une modification constitutionnelle vise clairement l’intérêt d’un mandat personnel, elle tend à affaiblir les garde‑fous institutionnels et à accroître la vulnérabilité des démocraties naissantes. La coalition C64, par sa composition et par ses références juridiques, illustre la profondeur de cette inquiétude au sein de la scène politique congolaise.
La suite dépendra des choix procéduraux et de la capacité des institutions à préserver leur autonomie face à une éventuelle initiative présidentielle. Pour l’heure, la naissance de la C64 constitue un indicateur tangible d’une fracture institutionnelle et d’un risque réel d’affaiblissement démocratique si la réforme n’a d’autre finalité que la prolongation d’un pouvoir personnel.
Article opinion écrit par le créateur de contenu : Désiré P.
Mis en ligne : 24/05/2026
—
La plateforme NOTRECONTINENT.COM permet à tous de diffuser gratuitement et librement les informations et opinions provenant des citoyens. Les particuliers, associations, ONG ou professionnels peuvent créer un compte et publier leurs articles Cliquez-ici.





